Archives et Musée
de la Littérature
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Un roman qui détonne et étonne : Françoise en Belgique. 1914-1918

Edité en 1920 à Bruxelles chez Oscar Lamberty, Françoise en Belgique. 1914-1918 débute :
La très exubérante Françoise d’Angoulème a, depuis août 1914, élu résidence dans le joli domaine de son mari, situé dans un coin remarquable du Brabant à quelques kilomètres de Louvain.
Derrière cette Française qu’un mariage contraint de rester en Belgique durant la Grande Guerre se cache l’autrice elle-même, Lucie Pauwels, née Veau (1878-1965), mariée au banquier belge, Robert Pauwels, grand collectionneur des oeuvres de Maurice Utrillo. Plus tard, devenue veuve, elle épousa en secondes noces le peintre lui-même, en 1935. Elle fut également artiste sous le pseudonyme de Lucie Valore.

L’intérêt de ce roman autobiographique tient surtout à son humour et au regard de cette étrangère qui se demande dans quel jeu de quilles elle est tombée. Soulignant par exemple de petits faits : "Le poissonnier vend du bois de chauffage et peut vous procurer, au prix de 375 francs les 100 kilos, un très bon charbon (j’apprends qu’il brûle, mais ne chauffe pas)" ou contant avec esprit diverses réquisitions allemandes – du caoutchouc mais aussi les chambres et la nourriture du château.

Le récit est également entrecoupé de pages plus sombres, comme ce récit d’un voyage en Hollande, non daté, que la fortune de son mari a rendu possible – il fallait donner une forte caution pour pouvoir s’y rendre –, voyage durant lequel Françoise se rend dans un camp pour soldats belges à Hardewijck. Elle écrit :

Quel spectacle terrifiant offraient tous ces hommes jeunes, amaigris, pâles et sales, tassés pêle-mêle dans ces baraquements : les uns tellement affaiblis qu’ils n’avaient pas la force de se lever de dessus la paillasse qui leur servait de lit.
Dans les pages de novembre 1918, la narratrice relate la fuite de l’envahisseur. Ayant appris que "la Révolution avait gagné les troupes boches", elle constate de visu :
Et alors, elle vit, chose presque incroyable, des officiers de tous grades, depuis le petit raide lieutenant jusqu’au plus irascible colonel, traités par leurs subalternes de la façon la plus incroyable. Ces derniers arrachaient les épaulettes et les décorations de leurs officiers, avec des gestes de brute. Les officiers qui arrivaient en auto, dans toutes les directions, furent sommés par des groupes de soldats de descendre de leurs voitures et d’aller à pied, tandis qu’eux, les soldats, s’en emparaient et s’y étalaient avec toute la joie d’avoir muselé leurs chefs.
Lucie Pauwels rappelle là un événement daté du 9 novembre 1918. L’historienne Sophie de Schaepdrijver écrit :
A Bruxelles, cette armée s’était d’ailleurs insurgée contre ses chefs, comme elle le ferait également en Allemagne : à Berlin, Munich et ailleurs, les soldats rentrés au pays et les ouvriers s’uniraient dans des conseils révolutionnaires pour déclencher une révolte rouge condamnée à l’échec. Partout à Bruxelles étaient apparues de petites affiches rouges où était inscrit un seul mot : HUNGER ! Le 9 novembre, un Conseil révolutionnaire des soldats reprendrait la "Zivilverwaltung". Les officiers se virent arracher les épaulettes ; Oskar Freiherr von der Lancken Wakenitz s’entendit interpeller brutalement par "Lanken !".
(Extrait de La Belgique et la première guerre mondiale, p. 248)