Archives et Musée
de la Littérature
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Grippespagnolisé !

Hélas, mon vieux, grippespagnolisé ! M’as-tu excusé ? A quand ? Ne viendrais-tu pas un de ces après-midi ? Nos respects à Madame.

écrit sommairement André Baillon à son ami Paul Stiévenart, sur une carte postale datée du 19 octobre 1918.

Baillon se retrouve donc victime de la pandémie qui emporta des dizaines de millions de vies à l’échelle du monde à l’automne 1918, malgré un taux réel de mortalité relativement faible. En l’absence d’antibiotiques, les organismes les plus affaiblis ou ceux exposés à une surinfection plus virulente succombaient une dizaine de jours après l’apparition des premiers symptômes.

Parmi les victimes les plus célèbres dans le domaine littéraire et artistique, signalons bien entendu Guillaume Apollinaire mais également, en Belgique, Louis Boumal, Victor Burny ou Paul Magnette. Pour de nombreux combattants, il y a quelque chose de profondément injuste et, finalement, stupide, à être brutalement terrassé par une "simple" maladie, après avoir résisté pendant quatre longues années à la guerre. D’autant que le moment de l’apparition de l’épidémie correspond à celui des combats libérateurs.

Les coïncidences de la vie font que Louis Boumal écrivit une lettre de condoléance à la veuve de Paul Magnette, quelques jours à peine avant que cette maladie ne l’emportât lui aussi.

Devant Iseghem, 16 octobre 1918

Chère Madame,

J’ai appris au milieu du combat d’hier cette épouvantable nouvelle. Je ne puis m’imaginer encore cette disparition qui vous prive, au seuil de la vie, du meilleur époux et qui m’arrache mon plus cordial ami. Hier, avant-hier, chère Madame, j’ai vu tomber autour de moi tant de braves, tant d’amis… et voici que Paul disparaît à son tour ! Mon Dieu, comme je voudrais pouvoir vous consoler, vous aider dans cette épreuve affreuse où votre petite France se trouve aussi menacée. Croyez à ma sympathie la plus dévouée et la plus respectueuse. Usez de moi si je puis vous être utile à quoi que ce soit.

(Lettre conservée à l'Université de Liège, sous la référence Ms 3690-9)

Le 21 octobre, Boumal confie à son carnet de campagne quelques informations brèves sur sa santé, alors qu’il participe à la dernière bataille :
Suis tombé malade. Thourout est un paquet de maisons boueuses au milieu du chemin ! Les Allemands ont enlevé tous les matelas. Ai trouvé un lit complet où j’ai dormi des heures et des heures sans m’arrêter.
Le compte rendu du lendemain est la dernière trace écrite que l’on conserve du poète :
Partis pour Oostkamp. Je me porte un peu mieux. J’ai vu à travers le brouillard le beffroi de Bruges et Saint-Sauveur. Quel rêve ! Vais me reposer tout l’après-midi.

C’est en soldat d’infanterie qu’il meurt le 30 octobre 1918, à l’hôpital militaire de Saint-Michel-Lez-Bruges, sans avoir revu sa femme, connu sa petite fille ni avoir su que la Belgique était enfin libérée.