Archives et Musée
de la Littérature
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Le concours des auteurs du front

En ouverture du numéro du 1er août 1918 du quotidien Notre Belgique, l’abbé Louis Leusch résume les aléas d’un "concours littéraire" nommé aussi "concours des auteurs du front" :
Nous avons reçu cinq à six cents pièces (certaines formant un petit volume) qu’il a fallu faire passer au crible de la critique. Il a fallu les expédier de Calais à La Panne, de la Panne aux tranchées, d’un secteur à l’autre, pour que les membres du jury, qui, sauf le signataire de cet article, sont tous au front, puissent en pendre connaissance et formuler un jugement sérieux. Il a fallu provoquer diverses réunions des arbitres et nul ne peut imaginer à quelles difficultés nous nous sommes heurtés pour nous rencontrer tous. Heureusement, avec de la persévérance… et du temps, nous sommes venus à bout de tous les obstacles et notre tâche est achevée.
A droite de ce préambule signé Lelou s’affiche le "palmarès" des lauréats, soit, en comptant les ex-aequo, vingt et un prix.

Les gagnants des catégories "poésies de guerre" et "contes en prose ou en vers" reçoivent une eau-forte ; les cinq lauréats des quatre prix spéciaux, ainsi que les vainqueurs des catégories "chansons et monologues dramatiques", "chansonnettes et monologues comiques" et "scènes de revue" – aussi le second prix de "Contes en prose ou en vers" – reçoivent 100 francs ; les seconds prix (à chaque fois deux ex-aequo) des catégories "scènes de revue" et "chansons et monologues dramatiques", respectivement 75 et 50 francs. Enfin, les cinq seconds prix de "poésies de guerre" se partagent 200 francs.

Dans le but d’encourager et de rendre hommage – plus que d’épingler d’éventuels génies –, on a donc veillé à récompenser de nombreux soldats, aussi à diversifier tant les catégories – "poésies de guerre" et "la meilleure chanson de route pour nos soldats" ouvre et ferme le tout – que la "valeur" des prix, les ex-aequo ou encore les types d’attributions (un prix est nommé "Prix de S. M. la Reine", un autre "cent francs offerts par un généreux anonyme")...

Parmi les nominés, la mémoire de nos lettres a retenu Théo Fleischmann qui reçoit 40 francs pour sa pièce Les Crépuscules Évocatoires ainsi que Maurice Butaye récompensé d’une eau forte pour Le Lierre sur les Croix. Tout deux dans la catégorie : "poésie de guerre".

S’il continua à rimer et s’essaya même au théâtre (a Tentation de la gloire, 1929), l’ancien "médecin du bataillon", Butaye, écrivit ensuite des romans teintés par la vibrante foi catholique qui était sienne. Le Lierre sur les Croix que Camille Hanlet caractérise de "petit recueil de vers simples et exquis […] qui chante la mort volontaire et quotidienne de nos héros" s’ouvre sur :
Mon coeur, ainsi qu’un lierre étreint les pauvres croix
qui sans nombre ont jailli du sol de ma patrie,
près de l’Yser où les héros pleurent de froid
et crie.
Parmi d’autres, ce poème (p. 25) :

Le vent chante si doucement
dans les tilleuls du cimetière.
Le vent pleure si doucement
dans les chardons de la jachère

que je ne sais pas sûrement
si le vent chante ou le vent pleure
sur le sort des soldats qui meurent

et que j’écoute seulement
le vent qui chante ou bien qui pleure
sur les tombeaux, si doucement
si tristement au fil des heures