Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
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Thomas Braun "salue" le Roi, le 21 juillet 1918

En 1921, Thomas Braun publie aux Cahiers de l'Amitié de France et de Flandre (Bruxelles) le recueil de poésies-hommages A des absents : 1914-1918. Parmi ces poèmes rédigés durant le conflit, quatre vers attestent que le vent tourne en faveur des alliés durant le mitant de l’an 1918 :
Et vous à qui soudain l’inconnu se dénonce
n’avez-vous pas senti se surcharger d’une once
osciller, puis fléchir du côté de la France,
à droite, le plateau vainqueur de la balance ?

(p. 52)

Le poète ne mentionne pas le mois lorsqu’il rajoute à la main, sur les épreuves corrigées que possèdent les AML, l’année d’écriture de cette pièce : "1918". Un autre poème daté, lui, du jour de la fête nationale, le 21 juillet 1918, s’intitule significativement "Au Roi". Thomas Braun est connu pour son magnifique Thrène qui célébrera, au milieu des années 30, le décès du Roi-soldat. Ici, ton et forme diffèrent. On y retrouve cependant un même mot "Amerois" (du nom du domaine près de Bouillon où le futur Albert Ier passa son enfance) :
Pour célébrer ton Te Deum
j’ai passé par les Amerois
où tu grandis, blond, et jeune homme,
ô le plus simple et fier des rois !
Après avoir "fredonné la Brabançonne [/] et des refrains de Marseillaise", après avoir "embrassé […] la bruyère au bord du fossé", il poursuit :

J’ai dit au moulin et au bois,
j’ai dit à la maison des gardes,
à l’eau noire de la Semois
que de là-bas tu les regardes

et que ta pensée inlassable
unit la plage à leurs vallons,
à leurs ardoises bleues, le sable,
et la mer au pays wallon…

(p. 17-18)

Cette louange au Roi qui unit le pays se retrouve à la fin du Thrène de 1934, lorsque Braun évoque le "dernier refuge [/] d’où tu revois les tours de Bruges et les sentiers de l’Amerois".

Nommé lui aussi "Thomas Braun", le grand-père paternel de notre avocat-poète était originaire de l’Eifel. Après avoir travaillé plusieurs années en Belgique, il obtint la naturalisation belge en 1850. Son petit-fils, né en 1876, suivit ses parents à Bruxelles après avoir passé la majeure partie de son enfance sur les bords de la Semois. Il y débute des études universitaires – le droit – qu’il interrompt pour un séjour de plusieurs mois à Boon.
Sa maîtrise de la langue de Goethe lui sert durant la Grande Guerre. Faisant fi de certaines réticences, il défend ses compatriotes devant les tribunaux ennemis. Denise Brognion écrit : "Son courage, sa ténacité, sa présence d’esprit, son don de persuasion, sa sensibilité et même – pourquoi ne pas le dire ? – son sens de l’humour lui valurent plus d’une fois de sauver un patriote belge sur qui pesaient les pires menaces" (Les Débuts littéraires de Thomas Braun, p. 21).