Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
(3eme étage)
4, blvd de l'Empereur
1000 Bruxelles
Belgique
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Deux photographes amateurs de ou dans la Grande Guerre ?

Paul-Etienne Kisters fut en charge de la photothèque aux Archives & Musée de la Littérature, durant de longues années. En 2014, il fit don à notre institution de nombreuses photographies relatives, entre autres, à la première Guerre Mondiale. L’album où elles sont répertoriées appartenait à Madame Marie Madeleine Kisters. Quant aux clichés, ils avaient été pris par les frères Paul (1898-1972) et Eugène Kisters (1896-1985), Paul étant le grand-père du donateur. Le tout fut numérisés par l’Atelier des Imagiers et leur "exploitation" reste soumise à l’autorisation de l’ayant-droit.

De nombreuses questions entourent ces photographies. Qui les a prises et dans quelles conditions. Paul Kisters était-il déjà docteur à ce moment ? Comment, en outre, se répartissaient-ils les tâches ? L’un était-il plus visuel ; l’autre plus technique ? S’ils ont porté l’uniforme comme certaines photographies semblent le montrer – vraisemblablement dans l’artillerie – se sont-ils battus au front et, si oui, selon quelle fréquence et quelle modalité ?

Ce qui frappe dans ces archives, c'est la rareté des scènes de guerre : aucun blessé ni tué, pas de soldats partant ou revenu du front, pas de cibles récemment atteintes… On voit, certes, des soldats derrière un abri sur deux clichés ; mais de telles photographies sont rares.

S’il nous manque une partie du "roman" qui les expliquerait, quelques lignes de force se dégagent de ces documents.

En premier, le photographe a été sensible au "silence" des paysages dévastés : arbres morts au loin, terre labourée par la guerre, plaines inondées… Comme s’il fallait se taire devant une telle vision apocalyptique. Quelques clichés se détachent même par leur beauté et leur profondeur. Comme celui qui met en scène un sentier allant vers l’infini de la perspective. Ou cette plaine inondée au milieu de laquelle subsiste uniquement une maison entourée par les eaux. Ou encore ce fossé terreux avec quelques moignons d’arbre dans le lointain

Sur les photographies où apparaissent des personnes, deux "types" s’opposent. Il y a celles où l’on pose. Ici, devant un canon ou une maison ; là sur un cheval ; là encore devant des oiseaux qui fourniront un repas ardemment désiré. Sur d’autres, les personnages ont été photographiés à leur insu. Ainsi, de ces soldats en train de se déplacer avec leurs canons ; ou encore de ce militaire sur sa bicyclette.

Nous ne sommes donc pas ici en présence de deux "photographes de guerre", plutôt de soldats qui photographient durant leurs heures creuses. Rien d’étonnant. La photographie s’est généralisée au début du 19e siècle :

L’entrée dans le XXe siècle correspond à une période où la photographie commerciale se développe rapidement et où les progrès de la photographie en noir et en blanc permettent au grand public de maîtriser des procédés de plus en plus complexes.

(Olivier Thielland, Photographier la guerre, Institut d’Etudes Politiques de Lyon, 2005, pp. 5-6.)

Il est vrai que certains photographes amateurs de la Grande Guerre sont considérés comme extrêmement talentueux. Ainsi du médecin Frantz Adam dont les clichés – qui montrent, eux, souvent la mort – ont été publiés.