Archives et Musée
de la Littérature
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Le vent s’épuise à meugler dans la plaine où rien ne bouge

Constant Burniaux (1892-1975) appartient à cette génération d’écrivains pour qui la guerre a signifié l’entrée en littérature, même si l’écriture et la lecture faisaient partie de ses passions depuis l’adolescence. Affecté comme brancardier dès l’été 1914, il passe toute la guerre sur le front. Il partage alors son quotidien avec son frère Jean, qui se trouve dans la même unité que lui. Alors que tous deux se rendent au secours d’un compagnon blessé, Jean trouve la mort devant ses yeux. De cette expérience traumatisante, Burniaux tirera le livre Les brancardiers, publié à la fin de la guerre, dans lequel l’auteur évoquera la figure fraternelle et tentera de répondre aux interrogations de son petit neveu devenu orphelin. Le dernier chapitre relate la mort de Jean, survenue à Langemarck.

Peu de temps avant la guerre, en 1912, Constant Burniaux avait obtenu son diplôme d’instituteur à la section de l’Ecole Normale Charles Buls, où il eut Georges Eekhoud et Herman Terilinck comme professeurs. Immédiatement nommé dans une école d'un quartier populaire du centre de Bruxelles, il se voit confié une classe d’enfants handicapés mentaux, qu’il retrouvera après la guerre et sa démobilisation, en 1919. Il exercera comme enseignant jusqu’en 1937 et puisera, dans cette expérience, la matière de sa trilogie dite scolaire, La bêtise, Crânes tondus et L’aquarium.

La poésie de guerre de Burniaux oscille entre les expériences réelles du conflit et une oblitération de celui-ci, au profit d’un lyrisme plus descriptif. Le poème "Matin de Flandre" dont les AML conservent le manuscrit (extrait du fonds Désiré-Joseph d'Orbaix), daté par l’auteur de février 1918, appartient à cette seconde catégorie. Le typique horizon flamand qui inlassablement accompagne les soldats, sert d’inspiration à ces vers où domine un sentiment de lassitude, d’ennui et d’angoisse.

Matin de Flandre

Le vent s’épuise à meugler dans la plaine où rien ne bouge.
Seul, au ciel terne, lentement, un corbeau se débat.
Et le vent hurle et rage comme s’il voulait animer l’étendue, lui arracher un soupir, une plainte, un frémissement.
Mais rien ne remue dans le paysage immense que toujours ce même oiseau noir à la dérive dans le ciel.
Le vent se lamente, tempête et tourbillonne, pleure et crie. Il court, va, vient dans tous les coins de l’horizon.
Et la plaine, avec ses calmes façades blanches, demeure impassible et triste.
Le corbeau las s’est posé dans un champ.
Et le vent s’épuise…
Et la Flandre sourit de toutes ses maisons claires.

Février 1918