Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
(3eme étage)
4, blvd de l'Empereur
1000 Bruxelles
Belgique
Heures d'ouverture
Lu-Ve : 9h à 17h

Avec le soutien de la

Marie Gevers entame la rédaction de "Guldentop"

En janvier 1918, cela fait plus de seize mois que les époux Willems-Gevers sont séparés. Pour rappel : en août 1916, Marie Gevers revenait dans sa demeure de Missembourg, près d’Anvers, avec ses enfants, Paul et Jean, tandis que Frans Willems prolongeait son exil en Zélande.

Voilà donc seize mois que Marie vit au gré des cartes postales échangées avec son mari. Une correspondance doublement censurée : par l’autorité allemande et par Frans lui-même, qui pour ne pas inquiéter son épouse, reste souvent vague et à la surface des choses - un procédé qui produit surtout l’effet inverse auprès de l’écrivaine !

Dans son journal, "destiné à être lu ensemble après la guerre" (FS55 00017/0012), celle-ci passe rapidement par toutes les émotions : du courage à la déprime, de l’inquiétude à l’enthousiasme, de la frustration à la mélancolie. Le 11 janvier 1918, c’est une Marie remplie de doutes qui écrit :
Regrets, regrets amers. T’avoir quitté… je ne retrouve plus aucune des bonnes raisons qui nous ont fait prendre la décision […]. Il me semble que nous aurions pu rester éternellement à nous aimer […] toi peignant, moi soignant les petits et ignorant le reste du monde […].
Si les enfants restent bien sûr source d’éternelle joie pour Marie qui note affectueusement en date du 22 janvier :
Popom [Paul Willems, âgé de 5 ans] montre de grandes dispositions pour le dessin. Il dessine de la main gauche.
Il reste surtout à notre auteure de se plonger dans le travail pour se sauver "d’une dépressive dérive" et quoi de mieux que les souvenirs et les légendes pour tromper le réel, comme celle de Guldentop, le fantôme du brigand qui désolait les environs de Missembourg au XVIIIe siècle :
Je commence un nouveau travail intellectuel sérieux – l’histoire de tante Minnie étant terminée, je commence celle de Guldentop – aujourd’hui même. Et je m’y absorbe car des vers, je pleure et m’exalte trop dessus. [suite du 11 janvier]
[…]
24 janvier – Je travaille sérieusement à l’histoire de Guldentop que je fondrai peut-être en celle de Tante Minnie. De celle-ci, Max Elskamp s’est montré enthousiaste, il me conseille de la développer encore et de lui donner une importance beaucoup plus grande qu’une simple nouvelle.
Le récit de "Guldentop" associé aux souvenirs familiaux de la tante Minnie aboutiront après la guerre à l’édition du recueil Ceux qui reviennent (La Renaissance d’Occident, 1922 - avec les illustrations de Frans Willems). Dans le Fonds Marie Gevers conservé aux AML, le lecteur pourra consulter l’exemplaire que Marie offrit à l'époque à sa mère. Celui-ci est rehaussé d’une dédicace tendrement révélatrice :
A maman, par qui mon enfance fut si belle, que je n’ai qu’à y puiser les beaux souvenirs.