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Le Cardinal Mercier contre les Barbares

L’effort de guerre passe aussi par l’écrit. Dénoncer les agissements brutaux de l’ennemi le discrédite, et donc contribue à l’affaiblir. En 1917, la maison d’édition "Bloud et Gay, éditeurs" comptent, dans son catalogue, de nombreux ouvrages aux titres révélateurs : La Résistance de la Belgique envahie par Maurice des Ombiaux, La Belgique souffrante et militante par Firmin van den Bosch, Le Supplice de Louvain par Raoul Narsy, Les Procédés de guerre des Allemands en Belgique par Henri Davignon, La Belgique en terre d’asile par Henry Carton de Wiart, L’Occupation allemande à Bruxelles par Louis Dumont-Wilden, Le Roi Albert par Pierre Nothomb... Le Martyre du clergé belge, autre titre, vient rappeler que ces "publications du 'XXe siècle'" s’opèrent sous les auspices du "Comité catholique de Propagande française". Outre Par crucem, ad lucem et Patriotisme et endurance, une troisième parution signée Cardinal Mercier y est éditée : Le Cardinal Mercier contre les Barbares.

Publié en 1917 et divisé en trois parties – "Les Atrocités allemandes et la prétendue Guerre de Francs-Tireurs", "Le Voyage à Rome du Cardinal Mercier", "Le Cardinal Mercier et les Déportations" –, l’ouvrage reprend des textes anciens dont "Patriotisme et endurance" qui date de 1914. A ces lettres et sermons, souvent écrits à chaud, s’ajoutent des contributions extérieures plus référenciées, telle "La protestation de Mgr Heylen et de Mgr Rutten contre le LIVRE BLANC".

Membre du Comité catholique de propagande français à l'étranger, Edmond Bloud fonde le Comité catholique des amitiés françaises à l'étranger en 1915, notamment à la demande de Paul Claudel. Il s’est associé en 1911 avec Francisque Gay pour fonder à Paris les "éditions Bloud et Gay". C’est tout naturellement que cette maison recueille et publie les écrits du Cardinal, écrits d’autant plus porteurs que sa figure est internationalement estimée.

Né à Braine-l'Alleud le 21 novembre 1851 et décédé à Bruxelles le 22 janvier 1926, Désiré Félicien François Joseph Mercier fut primat de Belgique, archevêque (le 16e) de Malines (1906-1926) et cardinal. C’est en rentrant de Rome où il s’était rendu pour élire un nouveau pape qu’il prit la mesure des atrocités commises par les Allemands, notamment à Leuven et dans bien d’autres localités belges.

La vue de la cathédrale Saint-Rombaut de Malines en partie détruite, ainsi que les dépouilles de treize prêtres de sa paroisse, l’émurent au plus haut point. Il clama son indignation, encore et encore, et fut un temps arrêté par les Allemands. En 1916, il s’opposa à la déportation de travailleurs belges vers l’Allemagne.

Au travail forcé en Belgique succède en effet – nous y avons déjà fait écho dans plusieurs chroniques – le travail forcé en Allemagne. Comme Les Affamés de Francis André le popularisera, l’enrôlement de force, soi-disant réservé aux chômeurs, touche d’autres catégories de la population. Le cardinal prononce en l’église Sainte-Gudule à Bruxelles, le 26 décembre 1916, un sermon enflammé contre ces abus. Remarquons la force du style. A l’accumulation des noms de villes, puis de personnes en détresse succède le laconique "un cadavre" :

Durant trois jours, dimanche, lundi et mardi derniers, matin et soir, j’ai parcouru les régions d’où les premiers ouvriers et artisans de mon diocèse furent emmenés, de force, en terre d’exil. A Wavre, à Court-Saint-Etienne, à Nivelles, à Tubize, à Braine-l’Alleud, je pénétrai en plus de cent foyers à moitié vides. Le mari était absent, les enfants étaient orphelins, les soeurs étaient assises, l’oeil mort, les bras inertes, à côté de leur machine à coudre. Un morne silence régnait dans les chaumières. On eut dit qu’il y avait un cadavre dans la maison. (Le Cardinal Mercier contre les Barbares, p. 124).

Qu’un homme de cette notoriété et de cette responsabilité ose parler, voilà qui soutenait le moral et renforçait le courage des combattants de la Lys.