Archives et Musée
de la Littérature
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Résignation

Résignation

La Panne, 18 novembre 1917.

Si le sort t’a marqué l’épaule de son signe,
il est vain de lutter.
Dans la saison qui meurt se dissipe la ligne
où les arbres feuillus marquaient l’ombre en été.

Les maisons sur la route ont leur porte mieux close.
Ne songe pas aux cœurs depuis longtemps fermés
qui ne t’ont pas été plus humains que les choses ;
et ne te souviens pas que l’on t’a bien aimé.

Ne prête plus au vent les sanglots de ta voix.
Ne tente plus l’amour au douloureux visage.
Sois fort et reste seul. Recueille en toi
l’amertume sans fin qui naît du paysage.

Reprends le livre sage où tu l’avais ouvert ;
remets la chambre en ordre et ta pensée errante...
Mais pourquoi trembles-tu, chair mortelle et souffrante,
devant le soir qui tombe et le nouvel hiver ?

Ainsi exprime Louis Boumal ses sentiments en ce mois de novembre 1917, qui signifie également pour lui le début de sa collaboration à un projet de revue littéraire du front, collaboration qui sera déterminante dans la dernière partie de sa vie.

En effet, la veille de la rédaction de ce poème, Boumal s’adresse à Marcel Paquot :

17 novembre 17

Cher Monsieur Paquot,

Je n’ai pas souvenance que Georges Antoine m’ait fait part de votre désir de correspondre avec moi. J’ai vu Georges Antoine à l’Odéon, voilà près d’une année. Nous nous sommes écrit une ou deux fois. Mais si vous désirez m’écrire, je serai toujours heureux et flatté d’écouter la voix de celui qui a dit "La Maison du poète".

Bien vôtre,

Louis Boumal

Reproduite dans La Vie wallonne (n° 331-332, 1970), cette courte lettre montre comment le contact se noue entre les deux hommes. Il donnera lieu, à partir de juin 1918, à la publication des Cahiers publiés au front pour la défense et l’illustration de la langue française. Boumal avait tenté une première aventure revuistique à la fin de l’année 1916, avec le Bulletin des Gens de Lettres et Artistes belges du front. Assez rapidement néanmoins, les orientations de la publication dirigée par Vincius Marchal ne rejoignent plus celle de notre poète, qui décide de renoncer à sa participation.