Archives et Musée
de la Littérature
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Au théâtre, ce soir !

Publié en 1928 (chez Duchartre et Van Buggenhoudt) et préfacé en 1926 par Auguste Rondel, Histoire des théâtres de Bruxelles depuis leur origine jusqu’à ce jour présente les établissements de la capitale, mentionne leur date de création et éventuellement celle de fermeture, quelques mots d’histoire, les directions successives ainsi que le titre des pièces produites et le nom des principaux acteurs qui s’y illustrèrent. Ces deux volumineux tomes bourrés de références et suivis d’index éclairent les années de guerre du fait que la recension s’arrête en 1924 – quelques années à peine après le sanglant conflit. Lionel Renieu, l’auteur, demeure sous le choc.

Fermés à l’arrivée des Allemands, les théâtres bruxellois rouvrent assez vite :

La guerre ferma les théâtres ; mais après une clôture de quelques mois ceux-ci commencèrent à rouvrir et ce fut La Gaîté qui donna le signal. (p. 521)
Situé rue du Fossé-aux-Loups au centre de Bruxelles, oeuvre de l’architecte A. Évrard – il sera remanié intérieurement dans les années 1980 –, le Théâtre de la Gaîté vient d’être fondé, en 1911, par Léo Berryer, un Berryer qui crée L’Oeuvre du secours théâtral dès octobre 1914 pour rouvrir, peu après, son théâtre "en changeant l’affiche le plus souvent possible pour employer plus d’acteurs". Il y produit des comédies comme Le Bonheur, mesdames !, La Robe rouge, La Prise de Berg-op-Zoom… Plus marginalement des "Samedis de Madame" au cours desquels conférences et pièces en un acte réalisées "souvent par un auteur anxieux de se faire jouer et des artistes désireux de se produire", se succèdent. Lionel Renieu précise :
Nous avons fait remarquer ailleurs combien la consommation de comédies était grande pendant la guerre ; non seulement on renouvelait fréquemment les affiches, mais on jouait la comédie dans sept théâtres : la Gaîté, la Bonbonnière, les Capucines, le Winter, l’Olympia, le Molière et le Trocadéro. (p. 521)
Manque, dans cette liste, le Bois sacré qui rouvre peu après. Outre des comédies, on y donne en janvier 1917 Minne d’après un roman de Willy et Colette Willy, ainsi que quelques auteurs belges : La Victoire d’Horace Van Offel (juillet 1917), Un mâle de Camille Lemonnier (août 1917)… La rubrique mentionne par ailleurs :
La consommation de comédies que les théâtres de Bruxelles faisaient durant la guerre était effrayante. On en donnait à la Gaîté, à l’Olympia, au Winter, où elle avait supplanté l’opérette, à la Bonbonnière, au Molière, au Trocadéro. (p. 490).
Notons le "où elle avait supplanté l’opérette". La production d’opérettes et de revues bat en effet son plein. Par exemple à la Scala qui réouvre, elle, en février 1915, fréquentée dorénavant par "une classe plus populaire qu’autrefois", et accueillant des opérettes avec "incursion d’opérettes viennoises". Renieu raconte :
Depuis le 19 mai 1916 et pendant un an environ, la Tournée Van Loo, transfuge du Théâtre de la Bourse, occupa le théâtre et ne donna que de l’opérette, à l’exception d’une revue […]. La dernière d’entre elles, "La Veuve joyeuse", interrompue un mois par l’arrêté de fermeture pris par les Allemands lorsque des avions alliés survolèrent Bruxelles, fut pourtant jouée soixante-deux fois et fit 75.000 francs de recette. (p. 1026).

Que dire des réouvertures suivantes ? Pour l’Alcazar — rue de la Montagne —, ce fut en décembre 1916. Quant aux deux théâtres qui rouvrirent le plus tardivement, ils se nomment Le Théâtre des Galeries – réouverture en octobre 1917 et le Vaudeville. Dans ce dernier établissement, on donnait des comédies, avec, le jeudi des "Matinées classiques Comoedia" (qui donna par exemple Un Divorce de Paul Bourget).

Ombre à ce tableau "idyllique", les Allemands imposent des conditions. Le Théâtre des folies-bergères se voit dans l’obligation de "jouer une opérette autrichienne ou allemande sur trois pièces représentées" (p. 514). D’une capacité de 1.500 places assises et 500 debout, ce théâtre change "de langue et de troupe" à partir d’octobre 1917. Il demeurera flamand la guerre terminée, son public étant constitué "de petits bourgeois et d’ouvriers habitués à parler les deux langues" :
Dès lors, il y eut un deuxième théâtre régulier flamand à Bruxelles, jouant huit fois par semaine, au lieu du seul Théâtre Communal flamand de la rue de Laeken, qui ne jouait que trois ou quatre fois. […] Mais en même temps, il donnait des matinées enfantines françaises, car il n’eût pas réuni un public suffisant s’il les avait données en flamand. Venues du Vieux-Bruxelles, elles commencèrent en 1917 par "Le Petit Poucet". (p. 515)

Plus sulfureux, le rôle politique que certains théâtres sont obligés de tenir. Ainsi en est-il du Théâtre de l’Alhambra, "le plus grand théâtre de Bruxelles et aussi l’un des plus anciens" (p. 403) :
On connaît le rôle politique important et néfaste des flamingants, pendant la guerre. Un des sièges du mouvement fut établi dans ce malchanceux Théâtre de l’Alhambra […]. On y tint des meetings et des assises politiques. On y décida, on y créa même le fameux Raad van Vlaanderen (le Conseil des Flandres). (p. 464)