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Félicien Cattier, prisonnier en Allemagne

Parmi les personnalités belges internées en Allemagne – à l’instar de d’Henri Pirenne ou de Paul Frédericq –, Félicien Cattier mérite quelques lignes. Né en 1869 dans une famille d’instituteurs borains, Cattier devient docteur en droit et en sciences administratives à l’Université de Bruxelles, où il est nommé professeur ordinaire en 1906. Parallèlement, il perce dans le monde des affaires et, par l’entremise du colonel Thys, il devient secrétaire de la Compagnie internationale d’Orient.

En 1895 déjà, il avait été envoyé à Siam, afin de participer comme expert à des missions de "réformes" souhaitées par les autorités locales. C’est ainsi qu’il entre pour la première fois en contact avec l’univers colonial qui va marquer durablement sa vie et sa carrière. En 1898, il publie un livre qui servira de référence aux administrateurs locaux, Droit et administration du Congo. Mais Cattier se distingue surtout par un autre ouvrage, nettement plus polémique pour l’époque : La situation de l’Etat indépendant du Congo, qu’il publie en 1906. Il y critique férocement la politique de l’EIC, au moment où la Belgique est plongée dans la tourmente des rapports accablants de la commission d’enquête, que le livre de Cattier confirme amplement. D’aucuns prétendent que ce livre – avec celui du Père Vermersch – ont sans doute précipité la reprise du Congo par l’Etat belge.

Ces accusations ne l’empêcheront pas, après la guerre, de poursuivre brillamment sa carrière d’économiste à la tête des principales sociétés coloniales du groupe de la Société générale. Cattier est également l’un des fondateurs du Fonds international pour la Recherche scientifique et deviendra membre de l’Académie Royale de Belgique en 1945, un an avant sa mort.

Avec le déclenchement de la guerre et l’invasion allemande, Cattier choisit non pas de prendre les armes mais de combattre l’ennemi en défendant les principes de loi et de justice qu’il a tant étudiés. Face aux mesures arbritraires et contraires aux intérêts belges prises par l’Allemagne, Cattier oppose sa riposte inlassable. La réponse ennemie face à ce dialecticien hors pair ne se fait pas attendre et Cattier est déporté en Allemagne. Après un bref séjour au camp d’Holzminen, il se retrouve en résidence forcée à Hildesheim, à partir de la fin novembre 1915.

C’est de là que Félicien Cattier écrit à Gustave Van Zype, le 27 septembre 1917.

Mon cher Van Zype,

Votre lettre m’a fait grand plaisir. J’ai été heureux de savoir votre femme et Andrée en bonne santé.
Ici, mon existence est monotone et vide. Je ne pense pas, d’ailleurs, que celle des Bruxellois soit plus mouvementée. Des lectures, quelques essais sur des sujets politiques, des promenades et, il faut l’avouer sans détour, des parties de piquet, trompent la longueur des jours.
Et pourtant, nous ne sommes point partisans d’une paix d’entente. La grande affaire est d’arriver au but. Tant pis si le char du succès nous passe sur le corps.

Bien à vous,

F. Cat