Archives et Musée
de la Littérature
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C’est un homme vraiment intéressant

C’est en pleine Première Guerre mondiale que débute la correspondance entre Marie Gevers et Max Elskamp. Admiratrice d’Enluminures ("un livre pour les yeux et le toucher", écrit-elle dans une lettre au poète du 12 juillet 1917), Marie Gevers dédie quelques-uns de ses premiers vers à Max Elskamp et lui envoie, pour avis, ses poèmes de Missembourg.

Le 31 mai 1917, après avoir "disséqué" le manuscrit qui lui a été soumis, c’est un Max Elskamp enthousiaste et élogieux qui écrit à la poétesse débutante :
(…) Soyez surtout bien rassurée et pleine de confiance en vous-même ; vos vers les derniers en date, me semblent encore plus beaux que ceux que je connaissais de vous. C’est surtout quand vous parlez des choses toutes proches de vous, les vôtres, votre maison, vos arbres, vos fleurs avec une infime pitié ou une infime tendresse que vous touchez à la grâce qui est la vertu des anges et le don qui est la grâce des poètes. Parlez à vos fleurs, à vos arbres, à vos enfants, chère Madame, pour qu’ils vous répondent, comme seuls peuvent répondre les fleurs, les arbres et les enfants. Je sens que votre voie est là ; [et faisant allusion à Emile Verhaeren] je suis sûr que le précieux Conseil que vous avez perdu a dû vous le dire déjà.

(Lettre de Max Elskamp à Marie Gevers, 31 mai 1917 - FS55 00024/0119/002 - extrait de la correspondance d'Elskamp dans le fonds Gevers)

La séduction est donc réciproque. Le poète introduit Marie chez son éditeur, J.-E. Buschmann, à Anvers, et lui fait cadeau d’un de ses bois pour ornementer son recueil qui paraîtra durant l’année 1917, en fraude de la censure allemande - la couverture ayant été antidatée de l’année 1914.

Outre l'échange épistolaire, les visites de Marie à Max Elskamp sont fréquentes durant les mois de mai et juin 1917. Partageant le même intérêt pour le folklore et les traditions populaires, Marie est enchantée par ces entretiens et ne manque pas de mentionner ces moments privilégiés, loin des tourments de la guerre, dans son impressionnante correspondance à son mari Frans Willems, toujours réfugié en Hollande :
Hier après-midi je suis allée en ville voir Max Elskamp, c’est un homme vraiment intéressant. Nous avons parlé du Bouddhisme - ce qui nous a mené à mille lieues de la guerre et des événements présents – cela fait un vrai repos d’esprit de penser à autre choses pendant quelques heures…

(Carte postale de Marie Gevers à Frans Willems, 28 juin 1917 - FS55 00017/0001/203 - extrait de la correspondance entre les époux)