Archives et Musée
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Louis Boumal dans Notre Belgique

On sait que l’activité de la presse quotidienne, qu’elle soit locale ou nationale, se réduit considérablement en Belgique dès le début de la guerre. La censure frappe tous les titres et les périodiques rencontrent d’importantes difficultés financières. Ils peinent à trouver du papier, ce qui a, en outre, des répercussions sur le prix de vente des journaux. Au fur et à mesure que le conflit se prolonge, on observe néanmoins une forme de renaissance de l’activité journalistique : des journaux s’adaptent aux nouvelles conditions et de nouveaux titres voient le jour. C’est le cas, entre autres, de Notre Belgique, un quotidien publié à Calais à partir du 15 novembre 1916 et destiné aux soldats et réfugiés belges. Deux abbés belges exilés en France seraient à l’initiative de cette publication, dont l’existence se prolongera encore quelque temps après novembre 1918, en Belgique.

Fidèle à la démarche volontariste de faire connaître ses écrits qui l’accompagne tout le long du conflit, Louis Boumal publie dans ce journal – comme dans d’autres – certaines de ses productions, comme ce triptyque intitulé Paysages. Les textes parus respectivement dans les numéros du 12, 18 et 27 avril 1917 dans Notre Belgique ont été préalablement rédigés dans ses Carnets de campagne, que l’auteur a souvent utilisés comme une sorte de laboratoire d’écriture.

Paysages I. Ville morte est dédié à François Bovesse, peut être décrit comme un récit poétique en prose, dans lequel Boumal s’abandonne à l’observation d’un paysage naturel désolé et froid, qu’il met en relation avec son état d’âme.
La plaine est blanche uniformément jusqu’au premier rayon de soleil qui dissipera cette illusion de gel et de candeur. Je laisse ma rêverie errer sur toutes ces choses déjà vues et qui sont depuis une année les témoins sûrs de chacun de mes jours. La ligne des tranchées ennemies court dans la plaine et se perd sous un reste de brume accrochée aux roseaux des étangs, pas très loin. Parfois, un coup de fusil sec et pareil au claquement d’un fouet, emplit l’air sonore.

Un extrait à mettre en parallèle avec les carnets de Boumal (dans les Publications numériques, à la date du 21/11/1915)

Paysages II : Dimanche d'Assomption (I) décrit la journée pluvieuse du 15 août 1915, que Boumal avait déjà consignée dans son journal à cette date. Constat d’impuissance et nostalgie du pays natal alternent ici :
Et je songe que par-delà ces plaines flamandes où nous jouons à cache-cache avec la mort et la liberté, autrefois riaient et sonnaient dans l’azur wallon les cloches de ma Liège aimée.
Autrefois, autrefois, à même date, on illuminait les petites rues de chez nous en l’honneur de l’A Vierge et saint Macrâwe s’en allait répétant :
Vive saint Macrâwe,
Grosse tiesse di bwès,
Li ci qui n’a nin d’tiesse
N’a nin mèsahe di tchvès !
Pour la troisième livraison de ce mois d’avril 1917 où Boumal intervient, il le fait en proposant un doublé. Paysages III. Saint Nicolas est emprunté à son carnet n°VI, en date du 15 décembre 1915. L’auteur y évoque sa paternité frustrée – il ne connaitra jamais sa fille, née alors qu’il est mobilisé sur le front de l’Yser – en ce jour si important pour tous les enfants belges :
Saint Nicolas ! Je me réveille au bruit que font, sous mes fenêtres, des trompettes d’enfant. Je souris dans mon lit à la douce image de Josette qui s’offre à moi parce que le jeu des enfants me l’apporte.
Suit un second texte, souvenir d’une promenade parisienne, lors d’une permission. A nouveau c’est la nostalgie qui domine, le tout bercé par la musique de la rue.
Des violons s’accordent en sourdine. Des violons ! Oh ! L’âme de ma race ! O chanson de ma Wallonie, volée de cordes accordées aux chants profonds du coeur et de l’âme, ô musique, que tu es bonne à entendre ! Me voici, c’est moi qui t’aimais, c’est moi, debout sous les arbres balancés, qui laisse ma pensée se mêler à ton rêve.