Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
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Le Cinéma est en train de se tuer lui-même

L’invasion puis l’occupation de la Belgique par les troupes allemandes entraînent, dès août 1914, la fermeture des salles de théâtre et de spectacle. A partir de 1915, certains lieux commencent à rouvrir et proposent une programmation destinée essentiellement à divertir la population en ces temps sombres. La censure allemande ne permet aucun écart et les textes sont soumis à un contrôle strict. Dès lors fleurissent davantage des genres moins politiquement risqués comme la comédie, l’opéra-comique et l’opérette. Le Théâtre du Parc, un des plus fréquentés avant 1914, devient le lieu officiel des représentations de troupes allemandes, et le public belge s’en voit interdire l’accès, sur ordre de l’occupant, tandis que le théâtre de la Monnaie est choisi pour tenter un rapprochement par le biais de la culture. Les Allemands y encouragent la tenue de spectacles "mixtes", mêlant Allemands et Belges, théâtre classique et opéra. Cette manoeuvre allemande de propagande se révèle être un échec : les Bruxellois boycottent la Monnaie et tout Belge la fréquentant se voit accusé de collaborer avec l’ennemi (voir à ce propos la chronique d’avril 1915, à propos du lynchage symbolique auquel est condamné Georges Dwelshauvers, qui s’est rendu au concert de Wagner, en mars 1915, lors de la réouverture de la Monnaie).

En plus du théâtre, l’amusement est aussi à chercher du côté du cinéma, qui recueille les faveurs d’un public nombreux. A tel point que d’aucuns s’inquiètent :

… ce n’est pas le cinéma tout court qui est dangereux. En lui, le cinéma est une invention ingénieuse, apte à servir des buts honnêtes ou instructifs. L’épuisement de l’imagination des montreurs de films, mise à court par l’intensité d’une trop grande production, a fait dévier l’invention et l’a aiguillée vers des destins pitoyables.
Mais quel risque pointe exactement l’auteur de ce bulletin véhément, Alex William, dans le Strapontin du 1er février 1917 ? Celui de l’imitation !
Deux gamins de seize ans vont se repaître au cinéma des exploits d’un bandit fameux qu’ils admirent. Ils se sont délectés des trouvailles du forban qui, silencieusement, leur a montré, sur la toile, avec force gestes, le secret de ses combinaisons malsaines. Dans ces âmes orientées par instinct vers le mal, la graine germe. […] Et la nuit venue, ils assassinent férocement leur patronne et la volent. Comme leur héros, ils se sentent invulnérables. Or, le plan puéril et stupide qu’ils ont échafaudé les trahit sur le champ. Ils sont arrêtés, bouclés. Ce ne sont désormais plus que des épaves, des résidus d’humanité.

Autres temps, autres mœurs ? Rien n’est moins sûr ! En matière de crainte face à la nouveauté et de dénonciation de contenus violents aptes à orienter les plus influençables d’entre nous, il semble qu’un siècle n’est rien…