Archives et Musée
de la Littérature
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Mais avec quelle dévotion me remettrai-je à ce travail lorsque nous serons rentrés dans nos foyers…

Depuis le 167 Cromwell Road londonien, le dessinateur Albert Delstanche écrit à Marthe Verhaeren ce deux février 1917.

Exilé en Angleterre à la faveur de la guerre, Delstanche y remplace un temps Jules Destrée comme Secrétaire du Comité pour les Artistes Belges en Exil, fonction qui lui permet de venir en aide à plusieurs de nos artistes, tels Georges Minne, Constant Permeke ou Edgard Tytgat. Au début de la guerre, comme Delstanche le rappelle à Marthe Verhaeren dans sa lettre, il demanda à Emile Verhaeren, exilé pour un temps en Grande-Bretagne lui aussi, de bien vouloir préfacer ses Petites villes de Flandres, ce que le maître accepta. Ouvrage richement illustré, il fut publié à Londres, en anglais, en 1915, à raison de 525 copies. A la fin de l’année 1914 et au début de 1915, Verhaeren avait lui-même prononcé une conférence sous le titre éponyme. Nous en avons quelques traces manuscrites. Verhaeren y parle de Saint-Amand, le "bourg flamand près de l’Escaut" qui l’a vu naître ; de Furnes et de Nieuport qui "ne sont plus que ruines" ; d’Ypres qui a subi le même sort ou encore de Bruges, qui "comme Nuremberg est une cité pour touriste. On y construit de faux monuments en style ancien et l’on désire que le visiteur peu averti les prenne pour des monuments authentiques."

Avec le souvenir du poète encore bien présent, Delstanche annonce l’envoi d’une épreuve de son bois, Le Béguignage de Bruges, "image qui vient d’être publiée avec le fac-similé de l’autographe de Verhaeren." Il rappelle aussi à Marthe que peu de temps avant le début de la guerre, [il] avai[t] été chargé par une société bibliophile belge d’illustrer de gravures sur bois cet exquis chef d’oeuvre : la Guirlande des dunes. Cinq à six bois étaient terminés lorsque les Huns envahirent notre pays et [le] contraignirent à fuir…" Il déplore enfin que "[s]es bois so[ie]nt restés dans [s]a petite maison d’Oudenburg, près d’Ostende", sans savoir "quel sort leur a été réservé…" mais en maintenant une forme d’optimisme vaillant : "Mais avec quelle dévotion me remettrai-je à ce travail lorsque nous serons rentrés dans nos foyers…" Il faudra attendre l’après-guerre, 1921 précisément, pour que le bel ouvrage garni des bois de Delstanche soit publié par la société des bibliophiles "Les Cinquante", à Bruxelles.