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Hippolyte Fierens-Gevaert et les Musées royaux de Peinture et de Sculpture de Belgique

Le 15 janvier 1917, l’historien de l’art et critique d’art Hippolyte Fierens-Gevaert (Bruxelles, 1870 - Liège, 1926) écrit à un certain M. Gurickx, père de Germaine Gurickx (1892-1982), qui se fera connaître dans les années vingt et trente comme récitante sous le pseudonyme de Germaine La Vallée. Fierens-Gevaert y commente l’étude que vient de signer la jeune fille sur le peintre Antoine Van Dijck. Plus que le contenu de la lettre, c’est son en-tête des Musées royaux de Peinture et de Sculpture de Belgique qui nous intéresse. Il nous donne en effet l’occasion de nous pencher sur l’histoire et la situation des futurs Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique pendant la Première Guerre mondiale, ainsi que sur la figure importante d’Hippolyte Fierens-Gevaert qui, en 1919, fut le premier à occuper la fonction de conservateur en chef de l’institution.

C’est vers 1795 que germe l’idée de constituer un musée d’art à Bruxelles. L’opportunité vient là où on ne l’attend pas : alors que les saisies effectuées dans nos contrées par les commissaires de la République française battent leur plein, les oeuvres d’art qu’ils délaissent sont centralisées. Un embryon de musée s’établit dans l’Ancienne Cour du Palais de Charles de Lorraine, haut lieu déjà de la vie intellectuelle et artistique à Bruxelles, préfigurant le quartier du Mont des Arts. Le développement du jeune musée sera favorisé par un acte décisif de Bonaparte, alors premier consul : celui de créer quinze musées départementaux pour désengorger le Louvre. Bruxelles répond à tous les critères pour accueillir les tableaux en provenance de Paris. C’est ainsi que la capitale belge retrouve, notamment, quelques chefs-d’oeuvre de Rubens. Ces retours s’intensifient encore après la défaite de Waterloo. Au fil des ans le musée se développe tant au niveau de ses collections que de ses locaux. En 1835, le musée qui était encore communal (ville de Bruxelles) devient national. Dix ans plus tard, l’Etat belge en acquiert les collections et le musée prend le statut de "Musée royal de peinture et de sculpture de Belgique". L’institution est dès lors dirigée par une Commission administrative dont le premier président est le peintre François-Joseph Navez. En 1880, après de longues années de palabres et d’hésitations, un nouveau bâtiment, digne d’accueillir les désormais très abondantes collections du musée, est inauguré, rue de la Régence. Il est réalisé par l’architecte Alphonse Balat. Les collections "anciennes" s’y installent, devenant le Musée d’Art ancien ; les collections "modernes" restant dans les locaux d’origine.

Secrétaire de la Commission directrice du Musée depuis 1904, Hippolyte Fierens-Gevaert est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’art flamand et professeur à l’Université de Liège. Il est également à l’origine, en 1910, de l’Institut supérieur d’Histoire de l’Art et d’Archéologie.

Alors que couve le conflit, le début de l’année 1914 est exceptionnel pour le musée puisqu’il enregistre la donation de Grez (4250 dessins anciens et du XIXe siècle, signés entre autres, Bruegel l’Ancien ou Rembrandt). Quand la guerre éclate, les musées sont obligés de mettre en réserve de nombreuses oeuvres d’art mais ceci n’empêche pas l’arrivée d’ensembles exceptionnels, comme en témoigne, en 1917, le legs de Mme Jacques Errera constitué d’esquisses de Rubens. D’une manière générale, et bien qu’ayant connu quelques bombardements, Bruxelles ne souffrit pas de destructions massives pendant la guerre, contrairement à Louvain par exemple. De même, les musées bruxellois ne durent pas faire face à une politique active de confiscation des oeuvres d’art, alors que les musées du nord de la France vivaient une situation beaucoup plus tendue avec l’administration occupante. L’ombre de la guerre passa donc sans trop de dégâts pour les collections.

En novembre 1919, alors que le Musée se réorganise et prend la nouvelle appellation de "Musée royal des Beaux-Arts de Belgique", Fierens-Gevaert en devient le premier conservateur en chef. Sous son impulsion de nouveaux catalogues voient le jour. A sa mort, son apport scientifique et éducatif est considérable et sera développé par son successeur, Léo van Puyvelde. En 1927, l’appellation du musée est modifiée une dernière fois en "Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique". En 1947, c’est le fils d’Hippolyte, Paul Fierens, également historien de l’art, qui occupera la position de conservateur en chef jusqu’à son décès dix ans plus tard.

Cent ans après le conflit, s’appuyant sur ses riches collections, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique proposent l’exposition 14-18. Rupture or Continuity ? A voir jusqu’au 22 janvier 2017 !