Archives et Musée
de la Littérature
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Songé tout le temps à Verhaeren…

En ce dernier mois de l’année 1916, la disparition d’Emile Verhaeren, le 27 novembre, domine toutes les pensées. Eekhoud n’y échappe pas :
2 décembre - Songé tout le temps à Verhaeren. Je ne m’occupe même que de sa chère et grande mémoire. Lis et relis son oeuvre et prépare mes causeries, leçons et conférences que je lui consacre exclusivement.
[…]
Le N.R.C. [Nieuwe Rotterdamsche Courant] m’apprend que les funérailles solennelles seront célébrées à Rouen. C’est Carton de Wiart qui prendra la parole. Le corps sera enterré à Adinkerke près de La Panne, donc en territoire belge. (2/12, p. 266-267)
Durant le mois, Eekhoud consacrera plusieurs leçons à l’oeuvre du poète dans les différents établissements où il professe. Ses interventions, qui connaîtront un vrai succès de foule, sont dispensées en trois temps :
Mes leçons sur Verhaeren sont donc trois : 1° Verhaeren de l’exubérance et du paroxysme, Verhaeren pléthorique et frénétique, du révolté au désespéré : depuis les Flamandes jusqu’aux Apparus dans mes chemins. – 2° Verhaeren, poète-social, utopiste, unanimiste, panthéiste, moderniste. C’est le Verhaeren de quelques poèmes des Villages illusoires, des Apparus dans mes chemins, puis surtout de La Multiple Splendeur, Les Forces tumultueuses et des Rythmes souverains. – 3° Verhaeren poète de la patrie et du foyer. Toute la Flandre et les Petites Légendes, Heures claire, Heures d’après-midi et du soir. – Dire un mot aussi du Verhaeren auteur dramatique en parlant surtout du Cloître et d’Hélène de Sparte. (2/12, p. 267)
Sur le plan des nouvelles de guerre, l’optimisme n’est toujours pas au programme. Que du contraire :
L’Allemagne et l’Autriche continuent à triompher. Elles conquièrent la Roumanie : voilà Bucharest [sic] pris. La situation n’a jamais été plus critique pour les alliés. Et notre avenir à nous Belges ? Comment tout cela finira-t-il ? A moins d’une marche formidable des Russes ou d’une avance plus sérieuse des Français et des Anglais à l’Ouest, la guerre ne pourra nullement finir à notre avantage. Ce sera l’annexion complète ou une entrée dans l’Empire d’Allemagne au même titre que la Bavière ou la Saxe ???? – Picard a donné deux articles où il demande carrément que l’on fasse la paix le plus tôt possible, et pour ainsi dire à n’importe quelles conditions, pourvu que le carnage et le massacre cessent. (10/12, p. 270-271)
Pourtant quelques jours plus tard, une démarche singulière de l’Empereur Guillaume va alimenter à la fois l’espoir et la controverse :
Hier soir j’avise sur la manchette d’un journal allemand, à la Bourse cette nouvelle : L’Empereur offre la paix à l’ennemi. J’achète le journal. C’est bien vrai. L’empereur en fait part dans un ordre du jour à ses armées, et de plus au Reichstag le chancelier l’annonce à l’assemblée. C’est une proposition d’entrée en négociation, rien de plus, mais c’est toujours ça.
Voyons ce que feront les autres. Et qui sera le plus sage, le plus conciliant, le plus raisonnable. Tout dépend des nerfs et de l’infatuation de ces messieurs de la diplomatie ou des états-majors. (13/12, p. 272)

Qu'elles viennent du pape, des socialistes européens, des Etats-Unis, de l'Allemagne/Autriche ou de diverses personnalités politiques ou privées de la Triple Entente, les tentatives de paix durant la Première Guerre mondiale ont été multiples, surtout à partir de 1916 et la boucherie de Verdun, et sont souvent restées secrètes.

Le fol espoir que crée cette nouvelle, allié à la naïveté politique de notre auteur, lui font écrire :
[…] à mon humble avis, mais très sincère avis, le geste est louable et éminemment opportun.

La proposition de décembre 1916 se révèlera inacceptable aux yeux des Alliés, aucun point ne laissant entendre un retrait de l'Allemagne des territoires occupés. Ce refus sera tout au moins pour l'Allemagne un moyen de se dédouaner de ses responsabilités quant au prolongement et, surtout, au durcissement de la guerre.