Archives et Musée
de la Littérature
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Enlevés con bravura !

Octobre 1916 voit la troisième rentrée académique de Georges Eekhoud en temps de guerre. Le programme du professeur de littérature est toujours aussi dense. Comme en 1915, pas moins de cinq établissements bénéficient de ses cours et conférences : l’Ecole Normale d’Institutrices, l’Université nouvelle, l’Académie des Beaux-Arts, ainsi que les cours du soir à l’école communale de Saint-Gilles et à Schaerbeek qui remportent un énorme succès.

L’enseignement, la transmission du savoir est une occupation qui plaît à Georges Eekhoud et celui-ci met un point d’honneur à rendre ses cours vivants et rythmés, "enlevés con bravura" selon ses propres termes (5/10, p. 218). Et s’il est apprécié de ses élèves, ce n’est pas sans imposer un minimum de discipline. Ainsi à l’Ecole Normale d’Institutrices :
Bonne 3eB, toutefois avec quelques petits éléments sournois qu’il s’agira de surveiller et de mettre au pas. Je retrouve mon excellente 3eB de l’année dernière, devenue la 4eB. Je me réjouis de les revoir. (4/10, p. 218)
Les pages du journal s’attardent souvent sur la préparation et le programme des leçons, ce qui laisse transparaître l’importance de cette activité dans la vie de notre homme, qui plus est :
Je suis de plus en plus content d’être occupé et de ne plus penser pour ainsi dire à vide, de raisonner dans le doute, dans le vague, dans l’inconnu, énervé surtout par tout ce qu’on lit et surtout par tout ce qu’on vous dit sur la guerre. (13/10, p. 225)
Mise à part cette rentrée, la vie sous l’occupation suit son cours, entre scènes insolites et nouveaux règlements :
Attelages de boeufs, remplaçant les chevaux. C’est la première fois que je vois la chose. Un charroi passait rue Sainte Catherine. – Dorénavant quand il y aura des avions, on sera tenu, si l’on est à la rue de se rendre dans les maisons voisines ; trams vidés et arrêtés ; lumières éteintes, etc etc. (11/10, p. 222)
Par ailleurs, on observe une augmentation des cas de grippe au sein de la population, preuve de l’affaiblissement des organismes et sombre présage des ravages de la maladie deux ans plus tard :
Il y a pas mal de malades en ce moment, surtout de grippés. Notre petit Georges a la coqueluche […] La grippe sévit, et même, à ce que me disait Mlle Delobbe ce matin, le typhus. (13/10, p. 224)
Et puis, il y a cet autre sombre augure :
Les pessimistes parlent d’une guerre qui durera encore deux ans ! Rien que ça ! A ce compte que resterait-il encore d’Européens. ! (17/10, p. 227)
Le mois se termine sur l’inauguration de l’Université flamande de Gand et pour Eekhoud la pilule ne passe décidément pas :

L’Université flamande de Gand a été inaugurée samedi dans la matinée. Discours de [Moritz] Von Bissing [gouverneur militaire de la Belgique de novembre 1914 à sa mort en avril 1917] et du recteur [Peter] Hoffmann. Les Allemands savent ce qu’ils font, c’est d’excellente politique à leur avantage. Ils sont dans leur rôle. Mais les Flamands ... !!! Hélas, quel destin malicieux m’a fait naître en ce pays qui n’en sera jamais un !

Il y a deux fautes dans la conduite des Flamands. 1° - Flamandiser une université de langue française, rendant des services et répondant comme telle à un besoin ; et outrager le sentiment des Belges flamands ou wallons attachés surtout – je ne dis pas exclusivement ou uniquement – à la culture française.

2° Commettre cet attentat à la faveur de la protection et même pis que cela, grâce à l’initiative et à l’intervention de l’étranger contre lequel combattent nos armées ! Il faut croire que ces gens-là manquent du sens le plus élémentaire de l’honneur, du devoir, de la conscience, de la morale ? (23/10, p. 233-234)