Archives et Musée
de la Littérature
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Jean Dominique et l’Institut de Culture française

[…] pendant quatre années mortelles d’attente et de souffrance, nous nous réunîmes deux fois la semaine avec une régularité que nulle difficulté matérielle n’entrava jamais. Ces réunions du soir, comme un office religieux que pouvait interrompre à tout moment l’ennemi, revêtaient un caractère solennel et familier.

Ces mots de Jean Dominique introduisent une petite plaquette, éditée en 1919, reprenant plusieurs de ses discours prononcés clandestinement pendant l’occupation allemande devant le public de professeurs et de normaliens de l’Institut belge de Culture française.

Sous le pseudonyme masculin de Jean Dominique se cache une femme étonnante, Marie Closset (1873-1952). Poète élégiaque, adepte du vers libre et proche des symbolistes, ses recueils furent accueillis au Mercure de France dès 1903, par l’entremise d’Emile Verhaeren et Théo Van Rysselberghe et salués par la critique. Fait plutôt rare pour une femme du début du XXe siècle, elle fut également théoricienne de la poésie et exposa ses idées dans de nombreuses conférences.

Communiquer et enseigner constituait un pan important de son existence. Formée au Cours d’Education d’Isabelle Gatti de Gamond et fréquentant les milieux de l’avant-garde anarchiste bruxelloise, Marie Closset devint une pédagogue anticonformiste et novatrice, proche des thèses libertaires d’Elisée Reclus.

C’est sur ces bases qu’avec ses amies Blanche Rousseau et Marie Gaspar, elle fonda en 1913 l’Institut de Culture française. Celui-ci proposait des cours de littérature, d’histoire et de géographie, d’histoire de l’art et de latin. Il s’adressait aux petits Bruxellois de 8 à 12 ans et aux jeunes filles de 13 à 20 ans. En cours du soir, il était fréquenté par les institutrices et les régentes.

Avec la guerre, les activités du jeune Institut se réduisirent. Les réunions du soir firent alors figure d’acte de résistance. Au fil des mois, elles répondirent à un réel besoin.
C’est ici que je puis le mieux mesurer ce qu’il reste en nous de toujours vivant, de toujours vibrant […] (rentrée d’octobre 1917, p. 25)

La dizaine de discours compilés dans la plaquette de 1919 portent pour la plupart des dates symboliques : outre les rentrées et les clôtures académiques, il s’agissait de marquer la fête du roi, le 1er mai, la fête nationale ou encore, en décembre 1916 d’évoquer la disparition d’Emile Verhaeren, figure ô combien patriotique. A côté d’elle, d’autres personnalités sont évoquées : le bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max, le roi Albert Ier mais aussi le philosophe Thomas Carlyle (« patron moral de l’Institut »), Alfred de Vigny, Maurice Barrès ou Henri Bergson…

En cette rentrée d’octobre 1916, Dominique rappelle solennellement à ses étudiants l’acte décisif du Roi que fut le rejet de l’ultimatum allemand, le 4 août 1914 :
Cet acte continue d’agir depuis ce moment, en chacun de nous, comme un ferment de dignité. Il retentit comme une longue respiration libre – oui, libre, et malgré tout sereine ! – au fond de nos consciences.
Dans cette salle, où nous nous réunissons pour lire les grands poètes, cet acte est le point de départ vivant de toutes les admirations que nous allons éprouver.
Il est la raison aussi, qui nous rendra mieux capables d’écouter les leçons élevées de la pensée et du Rêve à l’heure où la plus ferme Pensée – nourrie du spectacle incessant de la Mort – et le plus merveilleux Rêve d’Amour, de Vérité, de Justice – constituent nos vaillantes armes, à nous que l’on croit désarmés. (p. 20)
Ce sont les paroles vibrantes et sincères d’une femme pour qui :
Chacun de nous, Belges combattant au front, Belges restés au pays par amour et par devoir, chacun de nous est devenu la Patrie intégrale, véhémente, protestataire, indignée, libre. (29/07/16, p. 17)