Archives et Musée
de la Littérature
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Pierre Daye et la campagne belge d’Afrique (1915-1916)

Pierre Daye n’a que 23 ans lorsqu’il prend part à la campagne belge de 1915-1916 contre l’armée allemande en Afrique Orientale. Campagne dont le couronnement est l’entrée triomphale des troupes du général Tombeur dans Tabora, le 19 septembre 1916. Cette importante victoire signera le déclin de l’Empire colonial allemand en Afrique et, à terme, offrira de nouvelles terres coloniales à la Belgique (Rwanda et Urundi). En 1918, Pierre Daye publie son journal de campagne, sous le titre Avec les vainqueurs de Tabora chez Perrin et Cie (réédité aux Editions Rex en 1935) qu'il qualifie dans sa préface de "notes écrites au jour le jour, suite d’impressions vécues, de récits rapides, de croquis et d’anecdotes". Il la conclut en ces termes :
J’en dédie l’hommage à la mémoire de mes camarades d’Afrique dont les corps reposent là-bas, dans la terre qu’ils conquirent. (p. 8)
Sur le ton du compte rendu, la narration ne manque ni de charme, ni de pittoresque avec de nombreuses anecdotes sur l’organisation des troupes africaines. L’auteur plante d’abord le décor, en rapport avec la mère-patrie :
Le pays natal, entièrement sous la domination ennemie, toutes leurs forces actives concentrées au long de l’Yser, sans flotte, ne possédant qu’un matériel imparfait et des munitions insuffisantes au Congo, obligés d’organiser une expédition offensive comme celle de l’Est dans des régions sauvages que ne reliaient souvent à la côte ni chemin de fer, ni cours d’eau, les Belges sont parvenus à équiper et à manoeuvrer, vers 1916, la plus puissante armée noire que l’on ait jamais vue sous l’Equateur. (p. 170).
Un des problèmes les plus graves rencontrés par ces troupes était celui du transport du matériel de guerre :
Nous étions forcés d’employer des milliers et des milliers d’indigènes. (p. 171-172)
Par exemple, les pièces de canon étaient démontées en charges de 90 kilos,
poids énorme pour des hommes qui doivent en effectuer le transport par de mauvais sentiers ou à travers des marais, à la force de leurs muscles. (p. 172)

Il en est de même pour les vivres destinés aux troupes et aux nombreux porteurs…

Enfin, un hommage particulier est rendu aux troupes congolaises :
c’est à la tête de ces hommes que nous avons éprouvés là-bas des joies profondes ; c’est grâce à eux, à leur endurance et à leur fidélité, que nous avons pu mener à bien notre tâche immense. (p. 190)
On peut dès lors comprendre la note d’euphorie patriotique qui ponctue la fin de ce récit truculent :
Puissé-je faire comprendre ici la gloire qu’il y a pour les Belges à avoir mené leurs armes victorieuses d’une rive à l’autre du vaste continent, dans les forêts du Kamerun, sur les volcans des bords bleus du lac Kivu comme dans les plaines fertiles du Ruanda, dans l’infini désert de sable et de roches de l’Unyamwezi, comme sur Tabora écrasée de soleil, aux rives verdoyantes de l’océan indien comme sur les capitales des puissants rois nègres. (p. 181)

En images ci-dessous, extrait d'un album photo issu des archives de la famille Daye-Adan (AML 01170) :


Un autre album issu de nos collections, celui du sous-lieutenant Robert Vincent (AML 00060) :