Archives et Musée
de la Littérature
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Lettres de jeunesse. Quand Julien Green écrivait à Oscar-Paul Gilbert

Les très intéressantes archives de l'écrivain et journaliste Oscar-Paul Gilbert réservent bien des surprises. L'une d'entre elles est sans nul doute la centaine de lettres (en photocopie, à quelques exceptions près) adressées à Gilbert par Julien Green, entre 1916 (le 29 août, pour ce qui est de la première lettre datée) et 1921.

Une brochure rédigée par la fille d'OPG, Michèle Dupont, donatrice du fonds, introduit cette correspondance et nous éclaire sur le contexte historique de cet échange :

En 1914, O.-P. Gilbert et sa famille sont chassés de leur maison de Charleroi par l'invasion allemande. Ils fuient la Belgique au cours de l'hiver et trouvent refuge à Paris.
O.-P. Gilbert a juste seize ans ; il s'inscrit au Lycée Janson de Sailly afin de poursuivre ses études secondaires. Il y rencontre Julien Green de nationalité américaine.
Dans un entretien donné à la revue Lire, au début des années 90, Green raconte que, bien qu'ils fussent les deux meilleurs élèves de leur classe en français, Gilbert, comme l'appellera toujours Green, était relégué avec lui sur un banc à part en leur qualité d'étrangers... et leurs devoirs n'étaient pas classés.
Après deux années d'études, ils s'engagent tous les deux au cours de l'année 1918.
Après l'armistice, en 1919, O.-P. Gilbert entreprend des études de philologie romane à la Sorbonne. Il commence à écrire et vit dans des conditions matérielles difficiles. Sa famille est rentrée à Charleroi.
Les deux amis Green et Gilbert sont rejoints par Gabriel Monod-Herzen, Jean Luchaire, Jean Vincent Bréchignac et Claude Aveline.
En octobre 1919, Green gagne les Etats-Unis pour y poursuivre des études universitaires durant deux années.
Affectueuse et confiante, leur correspondance s'est interrompue brusquement en 1921. A son retour des USA, Green n'a plus retrouvé l'écoute et l'amitié fervente de son ancien condisciple.
O.-P. Gilbert a toujours conservé soigneusement l'ensemble de cette correspondance et une photographie de son ami."

Les thèmes abordés dans cet échange sont nombreux mais se focalisent surtout, et déjà, sur la religion et la littérature. Green, aussi jeune que brillant, se montre souvent condescendant envers le monde qui l’entoure : les gens dits moyens, leur inculture, voire leur platitude, le heurtent profondément, sans parler de la société américaine :
Je ne dis pas que les Américains n’aient pas d’énormes qualités, je dis seulement que je ne me trouve pas en sympathie avec ce peuple dont la folle prétention est d’être supérieur à toute civilisation latine.
(lettre du 18/11/1919)
En 1916, c’est surtout un voyage en Italie et la lecture des premiers poèmes de Gilbert qui sont commentés par Green. C’est en effet par la poésie que le futur romancier globe-trotter a débuté en littérature, une manière pour l’adolescent de fuir la violente réalité et de se réfugier dans le rêve. Deux recueils verront le jour en 1917 et 1919, Les clartés intimes et L’Humble bonheur; ainsi qu'un acte en prose, La lumière entrevue.

En illustration ci-dessous, quelques unes des premières lettres de cette volumineuse correspondance, vision d’une amitié franche et non dépourvue d’humour.