Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
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La guerre, la poésie et la presse

Depuis le début des hostilités, Adrien Bayet tient son Journal d’un Bruxellois pendant l’occupation allemande, dans lequel il relate avec force détails son vécu de la guerre. Parmi les nombreuses informations plus ou moins concrètes dont il témoigne en ce mois de septembre 1916, – interprétation de ses lectures de la presse, y compris allemande ; nouvelles en provenance des différents fronts ; quotidien à Bruxelles – on trouve le 14 septembre le commentaire suivant :
[…] Aujourd’hui, j’ai trouvé dans le Handelsblad deux poésies, l’une anglaise et l’autre française, toutes deux appartenant à la poésie des tranchées. Je ne peux exprimer combien elles m’ont fait plaisir ; la première parce qu’elle est un hommage à ceux qui combattent à Verdun. Elle me rappelle le récit que fit, l’autre jour, une personne revenue d’Angleterre qui se trouvant à un dîner, vit avec une émotion bien compréhensible, les convives se lever de leurs sièges, chaque fois que le hasard de la conversation amenaient le nom de Verdun. L’autre m’a remué parce qu’elle montre bien la trempe de l’esprit et du courage français. Elle a évoqué à mes yeux l’image de cette tête brûlée de Galiffet : Tant qu’il vous plaira, mon général ! C’est chevaleresque, c’est simple, c’est français… Ô France, tant qu’il te plaira !... Et ce ne sont pas là des mots, ce sont des faits, des réalités, de terribles réalités !

Dès le début de la guerre, la presse européenne a pris l’habitude de publier régulièrement des poèmes dans ses pages, souvent d’ailleurs en très bonne position. Les vers engagés et dénonciateurs d’Émile Verhaeren figurent ainsi souvent en une des journaux anglais, d’abord (dès l’automne 1914), puis belges et français. C’est dans ceux-ci que l’on trouve, par exemple, le célèbre pamphlet polémique La Belgique sanglante, qu’il écarte des recueils de guerre qu’il publie de son vivant. Le poème paraît pour la première fois le 27 septembre 1914 dans le britannique The Observer, et est ensuite repris par les anversois Métropole et Anvers-Bourse, respectivement les 1er et 4 octobre 1914.

La publication de textes poétiques se maintient pendant toute la durée du conflit, avec l’apparition progressive de textes en provenance des tranchées. À côté de cette diffusion plus massive, la poésie des tranchées prend place dans des publications spécialement créées à cette fin, sur le front lui-même. Parmi celles-ci, on peut citer La Claque à fond et Les cahiers publiés au front, qui se développent surtout à partir de 1917 et dont nous aurons l’occasion de reparler.