Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
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D’André Gide à Emile Verhaeren

En 1916 sort le livre Parmi les cendres. La Belgique dévastée d’Emile Verhaeren aux éditions parisiennes Georges Crès, dans la collection "Bellum" que vient d'inaugurer Rémy de Gourmont avec son livre sur la Belgique littéraire. L’ouvrage appartient à la série d’ouvrages du poète sur la guerre – La Belgique sanglante (1915), Les Villes meurtries de Belgique (1916) et Les Ailes rouges de la guerre (1916) – où transparaît son désarroi et son engagement en faveur de sa patrie blessée. Les textes publiés en volume complètent l’ensemble de la production guerrière de Verhaeren, à côté des articles dans la presse internationale et des préfaces qu’on lui demande de signer.

Parmi les cendres est dédié à la mémoire de Prosper-Henri Devos, écrivain original "mort sous les armes pour son pays", dont nous avons évoqué la disparition en novembre 1914. Quelques années plus tôt, c’est à André Gide qu’il dédicaçait ses Rythmes souverains (1910), Gide qui lui écrit en ce début du mois de juin 1916, toute son admiration pour ce dernier opus, où la tristesse et la rage jouxtent la fierté et l’espoir malgré tout.


Cuverville, 3 juin 16

Mon cher ami,

Je retrouve "Parmi les cendres" toute votre pensée et cette belle ferveur pour quoi surtout je vous admire et vous aime. De quel coeur solide vous aimez ! En vous lisant je repense à cette parole de l’Apocalypse qui gonflait d’enthousiasme mon enfance "Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne ravisse ta couronne."

Théo [Van Rysselberghe] que j’ai vu la semaine dernière vous aura transmis mes souvenirs ; je ne pouvais passer à Paris que deux jours, et vous ne vous serez pas étonné plus que lui n’est-ce pas, que je me sois dérobé à cette cérémonie de lundi dernier, plus officielle qu’amicale et où j’eusse risqué rencontrer trop de gens pour qui je préférerais n’être point à Paris. Mais si, comme je l’espère, j’y puis revenir dans un mois et pour un temps moins bref, je ne manquerai pas d’aller vous voir, et au Luxembourg et à Saint Cloud.

Ma femme vous envoie ses meilleurs souvenirs et à Madame Verhaeren ; présentez-lui mes amicaux hommages.

Je suis bien fidèlement et fortement vôtre.

André Gide

***

Mercredi

Mon cher Verhaeren,

Voici donc la Jeanne d’Arc de Péguy. Sur le point de vous l’envoyer, j’hésite… Si vous alliez avoir horreur de ça !!... N’importe – pourvu que vous ne m’en croyiez pas moins digne d’admirer Hélène et d’être votre ami.

André Gide