Archives et Musée
de la Littérature
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Pierre Goemaere écrit à Claudie

En mars 1916, Pierre Goemaere, 22 ans, écrit Lettre à Claudie. L’écriture autographe du manuscrit atteste, à elle seule, le plaisir qu’eut le jeune homme à rédiger ces quelques pages. Plaisir que les couleurs qui s’égrènent au long des lignes redisent à leur manière. Alors que le soleil couchant incendie la feuillée, que souffle le zéphyr et que murmure le ruisseau, le jeune Pierre rêve. Il rêve au milieu des muguets. Car, sur le banc que parfume l’aubépine, il y a "elle", elle et "ses yeux rieurs, ses cheveux d’or, sa bouche exquise". Voilà t’y pas qu’il l’embrasse… Un vide ensuite. Soleil couché, buissons "emplis d’une ombre bleue", étoiles qui clignotent… : "Je suis toujours sur le banc mais elle n’y est plus." C’est le matin. Les "petites clochettes d’argent se sont épanouies dans la mousse"…

Mais une main brutale est venue qui a meurtri vos tiges. Et par la blessure tout votre sang de muguet s’est écoulé.
Et vos petites corolles blanches se sont fermées de douleur, elles sont devenues toutes jaunes dans la mort... Vous gisez là maintenant, meutries lamentablement et tristes infiniment...

Il se réveille alors. Et le lecteur aussi, au vu de la date bien visible en bas à gauche, de l’autre côté de la signature : "mars 1916" !

Issu d'une famille d'imprimeurs et de libraires, romancier connu pour une seule oeuvre, Le Pèlerin du soleil, parue chez Albin Michel en 1927, directeur de La Revue belge à partir de 1924, puis, après que ce périodique se soit jumelé avec la Revue générale, co-directeur avec Louis de Lichtervelde de la Revue générale belge, essayiste et conférencier de talent, Pierre Goemaere a été marqué par la Première Guerre mondiale.

Réformé pour une insuffisance cardiaque, Pierre voit disparaître deux de ses frères dans le conflit – Henri, l’aîné meurt en 1914, à 22 ans, touché par une "balle belge" sur le front de l'Yser, Joseph, le cadet, sera tué en 1917, à Achel en tentant de passer la frontière hollandaise pour rejoindre les rangs de l'armée. Sous le coup de l’invasion allemande, Pierre écrira un roman de jeunesse, Les Vignes blanches, paru seulement en 1939, où on lit cet épisode inspiré de la mort de son jeune frère :
Comme l’expliqua l’Allemand, conducteur de l’auto, c’était un de ces jeunes gens qui, voyageant à pied pour tromper la surveillance, s’efforçait de passer en territoire hollandais et de rejoindre ainsi l’armée belge.
La sentinelle d’un passage à niveau des environs de Malines l’avait aperçu au moment où il tentait, à la faveur de la nuit, de franchir le talus de chemin de fer. Le Prussien avait tiré, et le jeune homme s’était affaissé, une balle en plein ventre.

Plus que La Muette et Turlututu, deux nouvelles inédites, Histoire de la Libre Belgique clandestine (1919) et A travers l'Amérique avec le Roi des Belges (1920) attestent combien la "Der des Der" a marqué Pierre Goemaere.

Dans le premier de ces ouvrages, l’auteur loue le courage patriotique de ces imprimeurs qui, au risque de leur vie, ont fait paraître le journal interdit au nez d’Allemands ulcérés. A travers l'Amérique avec le Roi des Belges relate, lui, un voyage que Goemaere effectua aux côtés du Roi Chevalier. Il y présente la sérénité du souverain face à l’accueil délirant dont il fut l’objet aux USA. Après la mort du Roi, Goemaere écrira significativement Albert Ier loin des foules (1935) et prononcera de multiples conférences sur le souverain.