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...je vibre avec vous à la pensée de la Beauté du ciel de chez nous que ces misérables ont avilie pour toujours

Les échanges épistolaires entre Marie Gevers et Max Elskamp débutent en février 1916, avec la première missive que nous reproduisons ci-dessous. Suivront de nombreuses autres jusqu’en 1924, année où s’interrompt cette correspondance. « Je souffre d’une affreuse maladie de coeur », écrit Elskamp à Marie Gevers le 17 mars 1924 : ce sera sa dernière lettre et le début de l’entrée du poète dans la démence où il s’enfermera jusqu’à sa mort en 1931. Outre les lettres, les deux auteurs se rencontrent régulièrement entre novembre 1916 et 1924.

Elskamp jouera un rôle actif dans l’évolution poétique de Marie Gevers. Il lui prodigue des conseils, la corrige, l’oriente, comme le fit Emile Verhaeren en son temps. Ainsi dans cette lettre du 31 mai 1917 :
C'est surtout quand vous parlez des choses toutes proches de vous, les vôtres, votre maison, vos arbres, vos fleurs avec une infime pitié ou une infime tendresse que vous touchez la grâce [...] vous pouvez avoir pleine confiance en vous-même.

Point d'orgue de cet échange : l’édition de Ceux qui reviennent en 1922, le premier texte en prose publié de la Dame de Missembourg.

De son côté, Gevers aussi aidera Elskamp. Partageant le même intérêt pour le folklore et les traditions des gens de la campagne, elle le renseignera sur certains usages de sa Campine.

Dans sa lettre datée du 19 février 1916 et expédiée depuis Berg-op-Zoom, Max Elskamp remercie Marie Gevers pour les vers qu'elle lui a dédiés dans la revue La Vie et s’emporte emphatiquement contre l’occupation allemande.

Berg-op-Zoom
19 février 1916

Madame,

Permettez-moi de vous envoyer l’expression de mes plus reconnaissants mercis, pour ces beaux et nobles vers de « La Vie » que vous voulez bien me dédier. Je connaissais depuis longtemps l’exquis poète que vous êtes, c’est vous dire combien j’ai été ému de votre délicate attention, qui me vient d’une concitoyenne presque et qui comme moi-même subit les tristesses de ce long exil.

Oh ! Oui, Madame, détestons-les, ces misérables Boches, dans toutes les dimensions du temps et de l’Espace ; vous lâchez sur eux, avec mille raisons, tout le bestiaire du zodiaque ; les ans se renouvellent, le soleil sans fin, prend place dans ses douze maisons d’or ; que l’Eternité donc soit contre eux, les Boches ; qu’à chaque passage de l’Astre dans les signes, la malédiction des étoiles pèsent sur eux pour qui il n’y a désormais plus de pardon sur la terre comme dans les cieux. Vous aimez, Madame, votre pays comme je l’aime moi-même, c’est vous dire comme je vibre avec vous à la pensée de la Beauté du ciel de chez nous que ces misérables ont avilie pour toujours. Je pense à la plus haute dune de Coxyde d’où l’on voyait s’ériger les tours d’Ypres, de Furnes, toute cette gloire presque céleste et qui à présent n’est plus et que jamais plus, comme dit Poe, nos yeux ni ceux des nôtres ne reverront.

Mais excusez-moi, Madame, je m’emporte, car je voulais très simplement vous dire combien j’ai admiré ces vers si nobles et combien je vous suis reconnaissant de l’envoi si gracieux que vous avez bien voulu m’en faire.

Max Elskamp