Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
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Mes plus belles impressions du Midi…

En janvier 1916, Emile Verhaeren est invité par son vieil ami Théo Van Rysselberghe installé à Saint-Clair dans le Var. Ce séjour dans le Midi sera une véritable respiration pour le poète alors épuisé et dépressif. C’est émerveillé que cet homme du Nord va parcourir la région pendant quelques jours et en rendre compte dans cinq lettres envoyées au peintre demeuré à Saint-Clair.


Verhaeren profite d’abord de sa présence pour donner deux conférences "patriotiques" à Marseille où il ne manque pas d’observer l’animation :
Marseille, hier, vers le soir était merveilleux. Il grouille d’uniformes solennels ou pittoresques. J’ai passé des belles heures d’enthousiasme (28/1 - FS16 00148/1634).
De Saint-Tropez, ayant senti le désarroi de Van Rysselberghe au sujet de son art, il écrit ces beaux encouragements :
Je t’écris sur une mauvaise table de café, ayant devant moi le port désert mais ensoleillé de Saint-Tropez. Et je songe à toi […]. Mon vieux et cher brave Théo, non tu n’as pas travaillé en vain ; ton oeuvre compte. Que tu rêves mieux, c’est dans l’ordre ; mais que tu perdes la foi en ton travail et en toi, c’est injuste. Tu as déjà fait en grande partie ce pourquoi tu t’es senti armé sur la terre et tu feras encore des toiles belles et vivantes. Tu n’as pas le droit à mes yeux de te juger comme tu l’as fait l’autre jour devant moi. Je n’ai pas voulu te contredire à l’instant même, mais je m’étais résolu à le faire par lettre et voici que c’est fait. (lettre non datée  - FS16 00148/1636)
A Nice, il retrouve Maurice Maeterlinck qui lui déconseille la visite de l’aquarium de Monte Carlo (carton non daté - FS16 00148/1635) mais lui fait plutôt visiter la région en voiture.
[…] notre excursion fut tournée vers l’Esterel. Nous avons contourné le massif par la mer puis arrivés à Fréjus, nous l’avons traversé de part en part. L’Auberge des Adrets nous a arrêtés un instant. Mais combien du côté de la mer, l’excursion est plus merveilleuse. Aux environs d’Agay, j’ai eu mes plus belles impressions du Midi. (lettre non datée - FS16 00148/01640)
Cette excursion rapproche les deux hommes, comme il appert dans la même lettre, quelques lignes plus bas :
J’étais d’humeur vaillante. J’ai déballé mes anecdotes d’Espagne, ma jeunesse, mes travers, mes égoïsmes féroces ; lui, s’est confessé, gaiement et insoucieusement à son tour et nous nous sommes quittés beaucoup plus amis que nous ne l’étions auparavant. C’est vraiment un être encore très près de l’instinct – quoique philosophe ! Et c’est charmant.
Enfin, Verhaeren découvre Avignon :
Avignon est admirable. […] Villeneuve, le Palais des Papes, le Rhône, la vue au loin, les pierres usées et culottées des murs, les toits cuits et recuits. Comme tout était éloquent ! (lettre envoyée après son retour à Saint-Cloud, le 7/2 - FS16 00148/1631)

C’est un poète partiellement requinqué qui rentre ainsi à Paris où l’attendent les nombreuses obligations de poète national.