Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
(3eme étage)
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Belgique
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Temps tragiques mais bien loufoques aussi !

Janvier 1916, la période est aux souhaits. Avec le recul, ceux de Georges Eekhoud sont particulièrement poignants :
On a l’impression que cela ne durera plus longtemps, que tous les belligérants en ont assez ; qu’il n’y a déjà eu que trop de carnages et de ruines de part et d’autre. Mais d’où viendra la sagesse, la modération, l’humanité ?
Dans tous les cas […], je commence cette année nouvelle sous une impression de rancœur, de dégoût et de découragement ! (2/1, p. 4)
Le passage de l’an neuf s’est déroulé en famille et avec quelques amis dont le fidèle Albert Giraud. Ensuite, la vie sous l’occupation a repris son cours, avec son lot d’absurdités :
Toujours des condamnations.
Parmi les dernières affichées, celle d’un fonctionnaire belge [Joseph Freyling] condamné à mort et à un an de prison. L’affiche dit qu’il n’a pas encore été fusillé parce qu’il est malade. On attendra donc qu’il soit guéri et en forme pour le fusiller ! – On croit rêver en lisant des proclamations pareilles ! (6/1, p. 7)
Une figure revient souvent en ce mois de janvier, celle de l’écrivain Hubert Stiernet. Ce dernier invite les Eekhoud à passer un dimanche chez lui, avec quelques membres de sa famille. Les conversations, lourdes en émotions, ne lâchent pas notre auteur, il y revient quelques jours plus tard :
En causant dimanche de la guerre, St. me disait que lorsque l’on donnait le commandement de charger à la baïonnette, la perspective de ce corps à corps, dans lequel on tue et on est tué, faisait sangloter, pleurer, gémir, se lamenter les soldats quelque braves qu’ils fussent. L’humanité se révoltait devant cette boucherie. On se révoltait à l’idée de s’entre-massacrer ! (25/1, p. 25)
Si l’horreur et l’inconcevable ont lieu sur les champs de bataille, la vie dans la capitale se raccroche à ce qu’elle peut :

Bruxelles s’amuse. Les théâtres font recette. Le Pathé Palace a rouvert avec la divette Van Loo dans "Véronique". Au Palais de Glace "La Favorite" a retrouvé un succès, une vogue que Donizetti ne connaissait plus à La Monnaie. Les Allemands ont fait venir pour 4 représentations à La Monnaie une troupe de Darmstadt qui donnera "Fidelio", "Les Maîtres Chanteurs" et "Le Vaisseau Fantôme" ; plus un grand concert.

Mais les conversations continuent à être ultra pessimistes et crispantes. On redoute la famine prochaine. Les vivres enchérissent de plus en plus et cela précisément par l’affolement des consommateurs qui flattent ainsi et encouragent l’esprit de lucre des marchands ! A présent c’est surtout de café que l’on s’approvisionne à tout prix. Temps tragiques mais bien loufoques aussi ! (31/1, p. 28-29)


Ci-dessus : A la suite des représentations au Pathé Palace, étape de la tournée d'Angèle Van Loo, dans le rôle de "Véronique" au Théâtre de la Scala à Bruxelles. Programme de décembre 1916 - MLT 00854/0054.