Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
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Puisse 1916 mettre fin à ce forfait…

En ce mois de décembre, Cornélie, la femme de Georges Eekhoud, se remet peu à peu de sa mauvaise grippe. De leur côté, les cours et conférences de notre auteur connaissent toujours un franc succès, surtout quand les leçons sont…
"enlevées" avec entrain et devant des auditoires excellents. A l’Université nouvelle, foule compacte et élégante. Mes jeunes gens ont pris possession de la scène, derrière moi. "Les méprises d’une nuit" de Goldsmith ont vivement amusé tout ce monde. (12/12, p. 177-178)
Est-ce la guérison de Cornélie qui le met en verve ? Dans tous les cas, Eekhoud persévère dans la bonne humeur en relevant quelques bons mots de "l’esprit bruxellois" :

Mots entendus par Giraud chez son barbier : Le capitaine des pompiers, grand poseur, s’est fait bichonner et adoniser. Quand il sort, un client qui s’est longtemps morfondu dit au patron d’un ton flegmatique et traînant : - Charel, il y a donc… un incendie-gala aujourd’hui ?

Le même patron, brocanteur, a eu un mot sublime. A un client qui lui demandait si un tel connu pour avoir des tableaux en avait beaucoup, il répondit : - Oui, il en a assez bien mais il lui en manque tout de même ! Comme s’il s’était agi d’une collection de timbres-poste. (14/12, p. 180-181)

Et de l’humour, il en faut pour supporter les incivilités de certains compatriotes :
Il semble que la guerre tende à rendre ceux-ci encore plus mufles et plus grossiers. Il faut voir les regards malveillants, hostiles, méfiants dont les gens se regardent dans les trams ! Ils ont l’air de se reprocher mutuellement la misère et le tragique de ces temps ! (16/12, p.182-183)
Un humour nécessaire aussi pour supporter les mauvaises nouvelles :
… une affligeante nouvelle : la mort du poète Stuart Merrill. Décidément c’est une défilade des bons écrivains. L’autre fois Gourmont et à présent Merrill, deux des têtes du Mercure de France. Et Giraud qui me parlait l’autre jour de nouvelles alarmantes, venues de Hollande, courant sur la santé de Verhaeren ! – Brave Merrill ! […] Que nous réservent encore ces temps critiques ? Il est certain que sans être frappés directement par la guerre, beaucoup de malades, d’infirmes et de souffrants auront été emportés plus tôt qu’en temps normal. De combien d’intellectuels cet état d’énervement, d’angoisse, de fièvre, d’obsession, de douleur, de lancinantes révoltes, aura abrégé les jours ! (11/12, p. 176-177)
Une autre consolation réside encore et toujours dans ce Brabant qu’Eekhoud aime tant :
Durme, Demer, Dyle, Dendre,
Adorables cours d’eau du Brabant et de Flandre,
Noms qu’il m’est doux de voir, de redire et d’entendre !
Les rivières ne sont pas des choses, ce sont des personnes vivantes, plus vivantes encore que les arbres et les fleurs ! Chacune a son type, son cachet, son caractère. Celles-ci sont lentes, dormantes, dolentes, mais parfois tragiques et brutales, tour à tour rêveuses et houleuses ! (7/12, p. 174)
Enfin, les fêtes de fin d’années se passent en compagnie du petit-neveu d’Anvers, Georges Goethals dit "le petit Georges". Et si Noël semble passer inaperçu, on retiendra ce souhait du 31 décembre 1915 :
Puisse 1916 mettre fin à ce forfait, à cette infamie, à ce fléau de la plus monstrueuse des guerres ! (p. 192)