Archives et Musée
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Un réseau de résistance démantelé

Ce mois d’octobre est synonyme de rentrée scolaire pour le professeur Georges Eekhoud. Le programme de l'année est chargé : cours de littérature à l’Ecole Normale et conférences du soir à Schaerbeek et Saint-Gilles. Ces dernières connaîtront tout au long du mois un succès grandissant et inespéré. Plusieurs d’entre elles seront consacrées à l’écrivain symboliste, journaliste et critique d’art français Rémy de Gourmont dont Eekhoud apprend le décès avec beaucoup d’émotion :
C’est une grande, grande perte pour les lettres françaises. Et moi je perds un ami, un des premiers qui me firent connaître là-bas dans ses livres et dans ses critiques. C’est même par lui que j’entrai au Mercure de France. (8/10, p. 67)
C’est à la fin d’une de ces conférences, par l’entremise d’une certaine "Constance R.", qu’Eekhoud en apprend plus sur la récente exécution des résistants anversois Jozef Baekelmans et Alexander Franck :
[…] condamnés à mort pour espionnage (?), disons pour patriotisme. Ils ont été fusillés, il y a quelques jours [le 23 septembre] au Tir National. Le gouverneur général avait pour ainsi dire promis à leur avocat une commutation de peine, mais c’est à Berlin, consulté, qu’on n’a pas voulu. Ces deux hommes sont morts en héros. Baekelmans a passé la nuit à écrire une longue lettre à sa mère. Il ne s’est pas laissé bander les yeux. Ces deux hommes sont morts en se serrant la main, très crânes... Et moi qui ne croyais plus à la possibilité de pareilles choses que dans l’histoire et les romans du passé ! (11/10, p. 69-70)
Deux jours plus tard, l’annonce de nouvelles exécutions tombe :
Ce matin, une affiche informe la population que plusieurs personnes encore, dont plusieurs femmes, entre autres une comtesse [Jeanne de Belleville], ont été condamnées à mort. Un homme, Bauck [Philippe Baucq], architecte, et l’une de ces dames, Mme Cavell, avaient déjà été fusillés ! D’autres sont condamnées aux travaux forcés à perpétuité, la princesse de Croy à dix ans de travaux forcés !! Leur crime ? Avoir fait passer des recrues à l’ennemi ( !?) L’ennemi ce sont nos soldats, nos alliés !!! (p. 74-75)
Il va sans dire que ces exécutions ne laissent personne indifférent. Le cas d’Edith Cavell surtout marque les esprits :
On s’indigne surtout du supplice des femmes, notamment de cette dame qui dirigeait la clinique du Dr Depage, une Anglaise, qui aurait surtout été exécutée parce qu’Anglaise. On raconte bien d’autres choses. Mais c’est à ne pas y croire ! Blessés anglais et français, quand ils furent guéris, elle les aurait laissé partir. Et c’est un Allemand soigné par elle qui l’aurait dénoncée ? Non, n’est-ce-pas ? C’est trop révoltant. A la suite d’une démarche des ministres des Etats-Unis et d’Espagne, on n’aurait pas fusillé les autres condamnés. (16/10, p. 79)
Donnée confirmée par une dépêche de Londres parue dans le Nieuwe Rotterdamsche Courant, le quotidien hollandais que lit régulièrement Eekhoud :
A la Chambre des Lords on s’est occupé du supplice de Mme Cavell. Lord Lansdowne a dit que la malheureuse avait été fusillée en dépit des démarches et des instances des ministres des Etats-Unis et d’Espagne : ‘Je n’hésite pas à déclarer que cette dame aurait pu compter tout au moins sur une atténuation de la peine, commutation qui n’aurait été refusée dans aucun pays civilisé à quelqu’un qui n’était pas seulement une femme mais en outre une vaillante femme, pleine de dévouement qui avait consacré toutes ses forces à soulager la misère d’autrui.’ Ce sont les paroles même de Lord Lansdowne. Deux dames françaises avait été condamnées aussi à être fusillées pour avoir recueilli des soldats français mais à la suite de l’intervention du roi d’Espagne et du pape, l’empereur les aurait graciées ? (22/10, p. 97)

Ces quatre exécutions (pour l’heure) ont lieu au Tir National. Inauguré en 1889 sur la commune de Schaerbeek, le Tir National était normalement dédié à l’entrainement des soldats mais durant les deux guerres mondiales, les Allemands l’utilisèrent comme lieu d’exécution. En 14-18, trente-cinq résistants y furent passés par les armes, parmi eux donc, la célèbre Edith Cavell (exécutée le 12/10/1915) mais aussi Gabrielle Petit (exécutée le 1/4/1916). Sur le terrain aujourd’hui propriété de la RTBF-VRT, seul subsiste l’enclos des fusillés. Ce petit cimetière compte 365 tombes de résistants de la Deuxième Guerre mondiale. Les corps des fusillés de la Grande Guerre ont en effet été exhumés dès 1919 et déplacés. Ainsi, Baekelmans et Franck reposent au cimetière de Wilrijk, Edith Cavell à Norwich d’où elle était originaire et Philippe Baucq au Cimetière de Bruxelles. Dans l’enclos des fusillés, une plaque commémorative rappelle le souvenir des 35 patriotes.

Pour en savoir plus sur ce réseau de résistance très féminin