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André Baillon écrit l'Histoire d’une Marie

Dans les Archives André Baillon (fonds spéciaux III et V déposés par la Bibliothèque royale aux AML), manquait une pièce majeure, recherchée par tous les spécialistes et passionnés de cet écrivain hors pair : le manuscrit d’Histoire d’une Marie. En 2002, les AML ont pu acquérir ce trésor : il s’agit de cinq cahiers d’écolier en parfait état, reliés par les soins du propriétaire précédent, M. Charles Hayoit. Le manuscrit, dédié à Germaine Lievens, comporte de nombreuses variantes, ainsi que des passages supprimés, d’une importance capitale pour l’étude de la genèse du roman. Sur la dernière page du dernier cahier, deux dates apparaissent : 15 octobre 1915 - 11 septembre 1918.


En ce mois d’octobre 1915, André Baillon entame donc l’écriture d’Histoire d’une Marie. Agé de 40 ans, l’écrivain n’a jusqu’alors fait paraître que quelques nouvelles et critiques dans des périodiques.

Né en 1875 à Anvers, très tôt orphelin, Baillon est élevé par une tante bigote et autoritaire. L’éducation religieuse laisse une empreinte indélébile sur l’esprit de cet être nerveux, psychiquement fragile et tourmenté. La mort omniprésente durant son enfance et la question du mal seront en effet les thèmes centraux de son écriture. Sa relation aux femmes également. Elles joueront dans son existence un rôle essentiel de mère-amante dont témoignera son oeuvre fortement autobiographique.

Une fois majeur, ayant dilapidé tout son héritage, Baillon se met à écrire pour (sur)vivre. Dès 1899, il publie une série de brefs récits dans Le Thyrse, revue culturelle et littéraire, qui vient de voir le jour.

En 1900, il rencontre Marie Vandenberghe, ancienne prostituée au grand coeur, femme simple et dévouée qu'il épouse en 1902 et qui deviendra le personnage central d'Histoire d'une Marie. En 1912, après une expérience peu concluante d’éleveur de poules dans la Campine anversoise (!), Baillon s’installe à Bruxelles où il est embauché comme rédacteur de nuit au journal La Dernière Heure. Il quitte (temporairement) Marie et se met en ménage avec la pianiste Germaine Lievens et sa fille. C’est là qu’on le retrouve quand la guerre éclate.

De manière assez ironique, on peut affirmer que la guerre fut une chance pour Baillon, dans le sens où le temps qui lui a toujours manqué pour s’absorber dans l’écriture lui sera enfin "offert". En effet, pour lui éviter la collaboration à un quotidien alors contrôlé par les Allemands, le gouvernement belge lui octroie une rente pendant tout le conflit.

C’est donc à l’abri du besoin que Baillon écrit presque d’une traite cinq romans largement inspirés de son histoire personnelle (Histoire d’une Marie, En Sabots, Délires, Par fil spécial et Zonzon Pépette). Le style de Baillon y est inclassable, rapide et rythmé. Les manuscrits seront tous édités après-guerre, entre 1920 et 1925, période où Baillon s’installe à Paris. Sa carrière littéraire est lancée…

Histoire d’une Marie qui connut un accueil enthousiaste en 1921, a été réédité en 2013 dans la collection Espace Nord, l’occasion de redécouvrir ce chef-d’oeuvre dont voici le synopsis proposé par l’éditeur :

Venue de sa campagne, Marie découvre la ville, les hommes... la vie. Jeune et crédule, elle tombe vite sous le charme de ceux qui, du bourgeois cossu à l’apprenti souteneur, tour à tour la séduisent, l’exploitent et la font souffrir. Même Henry Boulant, "son" écrivain neurasthénique, n’épargne pas la bonté, l’amour et la pathétique candeur qu’est seulement capable d’opposer Marie à l’égoïsme des hommes.
Par son écriture expressive et percutante, Baillon – alias Boulant – réussit à imposer le ton de la naïveté à l’ensemble de ce récit autobiographique, signant par la même occasion un chef d’oeuvre.