Archives et Musée
de la Littérature
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Utiliser nos promenades pour mes "Souvenirs"

Vendredi 20 août – Il y a déjà une année que les Allemands occupent Bruxelles ! Souhaitons que cette occupation ne nous pèse pas plus que jusqu’à présent, et pour cela, que la population demeure calme, digne, patiente et stoïque ! (p. 19)
Ce triste anniversaire rend Eekhoud à la fois nostalgique et lyrique. Et dans ces pages du mois d’août, c’est un véritable cri d’amour qu’il nous livre, non seulement pour Cornélie, sa femme, mais aussi pour ce Brabant rural bordant le Nord de Bruxelles et qu'il connaît si bien :
Dimanche 15 août – Aujourd’hui jour de l’Assomption […] nous sommes allés en tram à Grimberghe, ma chère femme et moi […] nous avons fait, avant le dîner chez De Bondt, une promenade d’une heure et demie dans le village par les délicieux chemins si agrestes et si capricieux, accordés aux méandres d’un rivelet, et qui passent par ces fermes seigneuriales de Charleroy et de Poddeghem. Beaucoup de vaches dans les pâturages. Aspect prospère et riant du pays. Dans ce rayon-là, on ne s’aperçoit guère du fléau.
Ces promenades ne sont pas anecdotiques pour l'écrivain, bien au contraire :
Utiliser nos promenades pour mes "Souvenirs". Je ne pourrais assez chanter les bords de l’ancien canal de Willebroek […] avec ses guinguettes illustres : l’Amour, les Marly, Meudon, Buda, Trois Fontaines etc. etc. Et les deux Heembeek, Over et Neder ! Et surtout Grimberghe, sans négliger Koningsloo et Borght, et Pont Brûlé, et Eppeghem ; puis de l’autre côté de la Senne et du chemin de fer d’Anvers, Machelen, Dieghem, Haere, Vilvorde, Saventhem, Crainhem, les Woluwe. (p. 17-18)
Et les promenades dans la région se multiplient, ainsi celle du 22 août :
Hier, nous avons passé une délicieuse journée à la campagne. […] Il a fait un temps admirable ; du soleil mais pas trop chaud, une brise caressante, de beaux horizons où passaient de magnifiques cortèges de nuages. Jamais peut-être ce cher pays de Grimberghe ne nous a paru si savoureusement agreste, balsamique et réconfortant ! Il nous fallait bien cela pour nous remettre de la triste impression que nous ont causée les nouvelles de la guerre, celles du front russe ! (23/8, p. 21) [ndlr : la Bataille de Varsovie marque le point culminant des défaites russes sur le Front de l'Est en 1915]
Et la promenade du 29 août :
Hier, nous avons fait […] quelque chose que nous n’avions plus fait depuis bien des années : tout le canal de Willebroek à pied jusqu’à Vilvorde. Nous avons très bien dîné au Marly dont les braves patronnes, très éprouvées elles aussi par la guerre, furent enchantées, comme on pense, de nous revoir. La toute vieille dame faillit même mourir sous le coup des émotions […]. La pauvre vieille n’a plus que la peau sur les os […]. Le mari de la jeune fille, récemment mariée, est au front. Et c’est toujours la même histoire sombre et poignante, le drame qui s’est passé dans presque toutes nos familles, chez les riches comme chez les pauvres ; le drame qui se passe, répété des milliers, voire des millions de fois, dans presque toutes les familles de notre Europe dite civilisée !!! (30/8, p. 24)

Si les promenades, entre amis ou en couple, amènent une note plus légère, la guerre, telle une basse continue, reste omniprésente dans l’esprit de notre auteur.