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De Theodore Roosevelt à Emile Verhaeren

Le 10 juillet 1915, Theodore Roosevelt, qui fut le 26e président des Etats-Unis d’Amérique de 1901 à 1909, écrit une lettre à Emile Verhaeren où il lui fait part de toute son "horreur et indignation". Quelques semaines plus tôt, le poète belge lui avait envoyé son ouvrage, La Belgique Sanglante. Sans doute avait-il eu connaissance des positions fermes de Roosevelt concernant la violation du territoire belge et les exactions commises par les troupes allemandes, à propos desquelles l’ancien président républicain ne manquait jamais de s’exprimer avec véhémence et obstination, dans ses discours et ses articles.

La lettre porte l’en-tête d’Oyster Bay, Long Island, lieu où se trouvait la maison de campagne de Roosevelt, non loin de New York. Elle est adressée à Verhaeren, aux bons soins de la parisienne Nouvelle Revue Française où le livre parut en 1915. Elle fait suite à une lettre conservée elle aussi aux AML et datée du 24 juin 1915, où Roosevelt accuse réception de l’ouvrage de Verhaeren, qu’il s’engage à lire rapidement.

Dans la lettre de juillet, écrite en anglais mais portant une traduction française au crayon dont nous ignorons la paternité, on peut lire à la fois son engagement moral envers la Belgique mais aussi les critiques formulées à l’encontre de son propre pays, suite à l’absence de condamnation des crimes commis en Belgique :
My dear M. Verhaeren :
I have now read your book with horror and indignation – perhaps I should say with fresh horror and indignation. I suppose you know that in every possible way I have expressed my feeling that all the signatories of the Hague Conventions whose prime interest is in the spirit and not in the letter of the Hague Conventions should interfere on behalf of Belgium. I profoundly regret the failure of my country thus to act, as honor dictates that it should act.
Faithfully yours,
Theodore Roosevelt

***

Rédigé à Saint-Cloud au début de l’année 1915, La Belgique sanglante, sert d’exutoire à un Emile Verhaeren que rongent la colère et l’impuissance face à la situation dans laquelle son pays est plongé depuis le 4 août 1914. La dédicace qu’il place en tête de son volume constitue, à elle seule, un aveu de désespoir et de grande tristesse.
Celui qui composa ce livre où la haine ne se dissimule point, était jadis un vivant pacifique. Il admirait bien des peuples ; il en aimait quelques-uns. Parmi ceux-là se rangeait l'Allemagne. N'était-elle pas féconde, travailleuse, entreprenante, audacieuse et organisée mieux qu'aucune autre nation ? N'offrait-elle point à ceux qui la visitaient l'impression de la sécurité dans la force ? Ne regardait-elle point avec les yeux les plus aigus et les plus ardents qui fussent, l'avenir ? La Guerre survint. L'Allemagne parut autre, immédiatement. Sa force se fit injuste, fourbe, féroce. Elle n'eut plus d'autre orgueil que celui d'une tyrannie méthodique. Elle devint le fléau dont il faut se défendre afin que la vie haute ne périsse point sur la terre. Pour l'auteur de ce livre, aucune désillusion ne fut plus grande ni plus soudaine. Elle le frappa au point qu'il ne se crut plus le même homme. Pourtant comme en cet état de haine où il se trouve, sa conscience lui semble comme diminuée, il dédie avec émotion, ces pages à l'homme qu'il fut autrefois.