Archives et Musée
de la Littérature
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Mai 1915

Dans La Bataille littéraire du 29 juin 1919 paraît un récit bref de Constant Burniaux, intitulé "Mai 1915", dont les AML conservent le manuscrit que l’auteur avait vraisemblablement fait parvenir aux rédacteurs de la publication.

Créé quelques mois plus tôt, en janvier 1919 par Désiré-Joseph Debouck (D’Orbaix) et Alix (Alex) Pasquier, cet hebdomadaire se présente, à ses débuts, comme un "Journal des écrivains belges" et compte "quatre pages". Contrairement à d’autres revues qui voient le jour au sortir de la guerre, La Bataille littéraire ne s’inscrit nullement dans un mouvement d’avant-garde mais prétend assumer le rôle d’encouragement de la renaissance morale et intellectuelle de la Belgique qu’elle appelle de ses voeux. Dans cet esprit, elle privilégie des auteurs dont les textes reflètent cet engagement éthique et littéraire pour la patrie, notamment ceux évoquant l’héroïsme et la résistance.

Né à Bruxelles en 1892, Constant Burniaux est instituteur, journaliste et écrivain et devient académicien en 1945. "Brancardier, il a suivi l’affolement de la retraite de 1914, puis il a vécu, jusqu’à la fin, dans la boue des tranchées de l’Yser", nous explique Camille Hanlet (tome1, p. 554). Son expérience de la guerre sert de matière à ses Sensations et souvenirs de la guerre, qui paraissent en 1920. Mais l’année précédente, dans la jeune revue belge, c’est le mois de mai 1915 qui se rappelle à sa mémoire et le contraste entre la nature bucolique et l’attente du combat.
Ce n’est pas la relève aujourd’hui. Nous suivons, à travers la campagne verte, le petit chemin marqué de grandes fiches blanches, numérotées, très visibles. Il cabriole par des paysages de fleurs qui s’endorment, parmi des prés enclos de saules et de peupliers têtard. Le sentier battu monte et descend, sautille et gambade insouciamment par la nature. Parfois, le regard longtemps retenu en de proches horizons d’arbres et rempli de l’immobilité des feuillages muets, s’élance libre et fou dans une prairie joyeuse de couleurs, file sous les saules et s’étale, se vautre, se roule dans l’or comme dans un rêve. Des vaches sont massées, lourdes et paisibles, en des poses variées. Une vapeur légère monte à travers les cimes envahissant lentement les lointains d’un brouillard bleu. Des chants d’oiseaux éclatent sous les feuilles… Et nous allons aux tranchées !... bercés, atterrés, retenus par tout cela comme par le passé, comme par la vie. Hélas ! les fleurs sommeillantes sont des femmes dont la chair blanche brille dans l’ombre survenue et qui nous regardent partir sans pleurer !