Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
(3eme étage)
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Belgique
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Une lettre du roi Albert Ier au poète Emile Verhaeren

Dès le début de 1915, Emile et Marthe Verhaeren, passés en Angleterre, décident de rentrer à Paris. A leur arrivée à Boulogne-sur-Mer par Folkestone, une voiture envoyée par le roi les attend et les amène à La Panne, où Elisabeth et Albert les reçoivent dans leur villa.

En compagnie du souverain, Verhaeren va ainsi rendre visite aux soldats dans les tranchées de l’Yser. L’auteur français et biographe de Verhaeren, André Mabille de Poncheville, s’attarde sur ce moment clé dans son livre Vie de Verhaeren :
Après cette visite, les souverains et le poète se promènent sur la plage balayée par un vent rude […] Du côté d’Ostende, les canons allemands tirent, parfois. […] Tous trois marchent entre les dunes et la mer, tantôt silencieux, tantôt échangeant quelques mots. […] Le visiteur repart lourd de pensées et de sentiments qui veulent s’exprimer en un poème. Et voici qu’Albert Ier lui fournit un titre sans le savoir en lui écrivant, le 10 avril :
"Depuis votre passage ici, notre ligne, celle que nous occupons, s’est allongée et affermie, voilà six mois que nous sommes sur l’Yser, bien fixés, sur ce dernier lambeau de notre territoire."

La lettre d’Albert Ier à Emile Verhaeren est conservée aux AML sous la cote FS16 00148/1460 (dépôt de la Bibliothèque royale de Belgique).

Ce dernier lambeau de notre territoire inspirera au poète les vers d’ "Un lambeau de Patrie", édité dans Les Ailes rouges de la guerre :

Ce n'est qu'un bout de sol dans l'infini du monde.
Le Nord
Y déchaîne le vent qui mord.
Ce n'est qu'un peu de terre avec sa mer au bord
Et le déroulement de sa dune inféconde.

Ce n'est qu'un bout de sol étroit,
Mais qui renferme encore et sa reine et son roi,
Et l'amour condensé d'un peuple qui les aime.

Le Nord
A beau y déchaîner le froid qui gerce et mord,
Il est brûlant, ce sol suprême.

C’est dans ce même bout de sol qu’un an plus tard, Emile Verhaeren sera inhumé.