Archives et Musée
de la Littérature
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Les morts vont vite ! C’est une défilade

Le mois de février du journal d’Eekhoud est riche d’informations et de réflexions, étayées par des extraits d’articles et de divers discours.

Le journal s’ouvre sur une "gifle" aux Allemands, relatée notamment par le Matin de Paris dans un article du 28 janvier dont Eekhoud recopie la conclusion :

Ainsi… les préparatifs faits par le grand état major général pour fêter l’anniversaire de Guillaume II ont piteusement échoué de toutes parts : ses troupes ont été repoussées depuis deux jours à Ypres, à la [ ?], à Craonne, à Perthes, à Saint-Hubert, à [ ?] et à Hartmannswiller. Et pour la même fête les Russes ont abattu un zeppelin dans la Baltique, les Anglais ont coulé un croiseur cuirassé dans la mer du Nord et les Belges ont abattu un tank dans le voisinage de Nieuwport. Chacun des alliés a apporté sa fleur pour le banquet de Guillaume. (2 février, p. 24)

Néanmoins, il n’y a pas de jour qui n’apporte son lot d’atrocités

[…] dans la vallée du Démer, de tout petits enfants [ont] été jetés dans la rivière. (15 février, p. 50)
de morts
Les morts vont vite ! C’est une défilade. Il ne suffit pas de la guerre, les maladies, les apoplexies et les accidents s’en mêlent. (1er février, p. 19)
de fausses nouvelles
[…] cette histoire de vaccine homicide et infanticide – ce nouveau massacre des Innocents , bien pire que celui organisé par Hérode […] où un enfant atteint du croup avait succombé en dépit d’une injection de sérum pratiquée par un médecin militaire allemand (6 février, p. 32)

[voir aussi sur le même sujet les articles sur Picard et Bayet]

de blessés et d’amputés
[…] les pauvres blessés qui ont dû subir une amputation redoutent de voir leur famille, même leur mère.[…] Ouvriers ou travailleurs, ils sont honteux de leur mutilation ! Ils se considèrent comme des parasites, des déchus, à charge des leurs. (1er février, p. 17)

En outre,

l’espionnage, la délation, ayant l’envie, la haine et surtout la cupidité pour mobiles, règnent de plus en plus, pour la honte de la Belgique et pour la plus grande édification des Boches qui y puisent le droit de nous mépriser. Ah ce qu’il a fallu et ce qu’il faudra encore du sang de nos braves soldats pour laver ces ignominies. (2 février, p. 22)
Georges Eekhoud illustre ce propos de quelques faits concrets, toutefois contrebalancés par l’héroïsme des soldats, des actes de bravoure et
les magasins [qui] affirment leur patriotisme et leur loyalisme de la façon la plus ingénieuse […]. Un chapelier de la rue Blaes [ayant] disposé des chapeaux melons noirs sur des coussins de peluche rouge, mais entre le coussin et le chapeau est placé une fleur jaune, iris ou bouton d’or. (27 février, p. 61)
Eekhoud rencontre régulièrement ses amis, Louis Delattre et Albert Giraud, avec qui il poursuit
ces bonnes conversations sur nos poètes et nos lectures favorites, une consolation qui nous mène et nous retient loin des préoccupations et du cauchemar de la guerre. (6 février, p. 30)

Il continue aussi à préparer ses cours de littérature et évoque certains souvenirs : les conditions dans lesquelles il a lu, enfant, Les Misérables d’Hugo ; une soirée quelque peu épique où il a rencontré un Emile Zola imbu de lui-même… Tout est bon pour oublier, si tant que faire se peut, les misères de ce mois de février 1915.