Archives et Musée
de la Littérature
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Aux Carillons de Belgique

Le poème ci-dessous a été écrit en janvier 1915 par May Huguenin, qui pourrait être Anne-Marie Gleason, épouse de Wilfrid Huguenin, qui utilisait Madeleine comme prénom de plume. Amie du poète canadien-français Emile Nelligan, journaliste et femme de lettres, Madeleine (Anne-Marie) Huguenin (Rimouski, Canada, 1875-1943) crée et anime au Canada français la Revue moderne (1919-1923), tout en écrivant de nombreuses chroniques journalistiques.

Active dans de nombreuses associations caritatives, elle assume, pendant la Première guerre mondiale, la présidence de la section française de la Croix-Rouge au Canada, ainsi que le secrétariat de L'Aide à la France, dont le but est de venir en aide aux populations civiles de France et de Belgique. Cet engagement en temps et en énergie lui vaudra plusieurs récompenses de la part du gouvernement français, ainsi que la Reconnaissance Belge de Sa Majesté le Roi Albert, en 1921.

On connaît aussi d’elle quelques textes littéraires (deux pièces de théâtre, L’Adieu du poète, joué le 12 juin 1902 au Théâtre national français, ainsi que En pleine gloire ! en 1919 ; des recueils de chroniques : Le long du chemin en 1912 et Le meilleur de soi en 1924 ; le roman Anne Mérival en 1927), ainsi que ses prises de position en faveur d’un féminisme que l’on peut qualifier de modéré.

Le poème que nous reproduisons ici est un document autographe (ML 07970/0005), très probablement inédit, à propos duquel nous ne possédons d’autres informations que les supputations déjà émises. Il témoignage, avec un lyrisme quelque peu scolaire, de l’attachement de son auteur pour la Belgique et de l’espoir d’y voir rapidement fleurir la paix.

Hommage respectueux, en souvenir de ses conférences de 1915

Aux Carillons de Belgique

Pr Monsieur M. Kufferath

Carillons merveilleux des Flandres héroïques,
Chantez le nom du Roi dans vos claires musiques,

Et lorsque vous aurez, de la Petite Reine,
Dit la gente bonté, la grâce souveraine,

Alors fiers carillons, dans vos flèches de pierre,
Que votre voix, se taise, et se recueille, austère.

***

Car vous êtes les cœurs des vieux clochers de Flandre,
Et lorsque ce cœur bat, le peuple doit l’entendre.

Vous qui nichez là-haut, parmi de la dentelle,
Au-dessus des cités dont le nom seul rappelle

Un gai son de clochette : Ypres, Bruges, Malines ;
Et depuis le Hainaut jusques à la Campine,

Riche pays d’élus, aux siècles d’ignorance,
Berceau des ymagiers, des ménestrels de France,

Vous avez célébré les fêtes patronales,
Appelé vos enfants des couvents et des Halles
Vers la joie ou vers Dieu, en processions lentes :
Châsses, bannières d’or et couleurs châtoyantes.

***

Ne sommes-nous pas un glas sur les Flandres violées,
Mais, reproche muet, vers la voûte étoilée,
Que vos cloches sans voix, comme des mains se dressent
En prière, au-dessus du Pays en détresse.
Vous serez l’oiseau frêle appuyé sur l’épine,
Dont la douleur a ceint une Face divine.

***

Mais au Jour glorieux, qu’à pleine voix ils vibrent :
Carillons, libérés, sonnant sous un ciel libre.
Lorsque vous chanterez ce jour de grand mercy,
Le Roi-sans-terre, le Héros répondra : « me voici ! »

Janvier 1915 May [?] Huguenin