Archives et Musée
de la Littérature
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Belgique
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Les Allemands arrivent à Bruxelles

Le 20 août 1914, les premiers Allemands font leur entrée dans la capitale belge.
En voilà ! En voilà ! cria quelqu’un. Ce sont deux cyclistes précédant une lourde automobile de guerre timbrée du grand aigle impérial noir, garnie de quatre officiers, roulant apparemment, vers l’hôtel de ville pour supplanter nos autorités
écrit Edmond Picard dans son journal. L’auteur se lamente du sort captif qui est désormais celui de toute une Nation :
O Belgique, te voici encore une fois en péril ! Est-ce ta destinée d’y être périodiquement replongée ?
Le lendemain, la curiosité le pousse à sortir de chez lui et à aller observer le défilé incessant de fantassins, aux abords du Parc de Bruxelles.
Je suis sombre. Le monde est devenu noir autour de moi

écrit-il, éploré, tandis que la nuit résonne du martèlement des bottes des soldats qui marchent vers le sud, vers Waterloo, vers la France.

Le 25 août, Picard met en regard les informations qu’il obtient, comme d’autres Bruxellois, de « feuillets reproduisant à la machine quelques extraits de journaux français », distribués « sous le manteau, dans les cafés et dans les rues » afin de combler le manque de données officielles, aux sensations qu’il perçoit lui-même, en ville.

Si ces nouvelles se font l’écho « des destructions de zepelin [sic], [du] bombardement de la gare de Trêves » et d’autres exploits alliés supposés, son « parcours dans le bas de la ville » ne lui apporte néanmoins « pas de signes de débandade ou de reculade ».

Plus loin encore, les questions relatives à ce qu’on appellera plus tard, la propagande, et dont on commence à maîtriser les ficelles, titillent notre auteur :
Ce lot de renseignements est-il un lot de mensonges ? Aucun contrôle possible ; Bruxelles est aussi bloqué que si on l’assiégeait.
Le 27 août 1914, les Allemands prennent possession du Ministère des Affaires étrangères et l’étendard allemand se déploie symboliquement au balcon du bâtiment.
Cinq de nos neuf provinces sont ‘occupées’ (style du Droit de la guerre) et administrées comme pays conquis. Nous sentons déjà notre liberté entamée et le pouls du joug étranger.

La longue occupation commence. Le lendemain, Picard assiste à l’afflux de réfugiés depuis Louvain « où, en représailles d’une prétendue agression, les Allemands ont mis le feu. »

Pour Picard, ce terrible mois d’août 1914 se clôt sur une réflexion noire, qui révèle l’état d’esprit de tout un peuple, pris au piège entre le désarroi et l’incertitude du lendemain :

Oh ! comme je me sens aujourd’hui déprimé et sans espérance. Est-ce que je le porte sur mon visage ; un passant m’a glissé à l’oreille : courage, nous chasserons toute cette vermine.