Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
(3eme étage)
4, blvd de l'Empereur
1000 Bruxelles
Belgique
Heures d'ouverture
Lu-Ve : 9h à 17h
Les AML seront fermés du 26 au 30/12/2016.

Avec le soutien de la

A la recherche de la vérité

Depuis le 20 août 1914, Bruxelles est occupée et une grande confusion règne au sein de la population. Dans son journal, le Dr Bayet rapporte que des informations les plus diverses courent, sans qu’il ne semble possible de les vérifier.

La ville de Bruxelles serait sommée de
payer 90 millions d’indemnité et la province 400 millions. Mais, dit-on, l’Amérique serait intervenue pour empêcher cette spoliation en menaçant l’Allemagne de saisir les vaisseaux qu’elle a dans ses ports.
Par ailleurs,
l’on annonce, sur les dires de certains officiers que la Hollande les aurait laissé passer. L’indignation est grande et le mépris profond.
Au manque de nouvelles fiables et au phénomène des rumeurs s’ajoute encore la tristesse de
voir cette [Grand] place avec les soldats allemands campés

Bayet ne cesse d’ailleurs de s’étonner du grand nombre de soldats ennemis qui affluent dans Bruxelles.

Face à la désinformation, des bruits fous mettent la ville en émoi. Le 24 août, un vent de panique saisit les habitants à l’annonce, rapidement colportée de quartier en quartier, selon laquelle les Allemands réclament
tous les hommes valides de 16 à 60 ans pour faire des tranchées ; toute la population se met à fuir en criant ; en un clin d’oeil la panique fut sur toute la ville, remonta à Ixelles où l’on annonçait que les Allemands en retraite massacraient tout, que les Français étaient à la Vieille Halle aux blés et qu’on se battait en ville.
En même temps, le conflit s’étend et devient mondial. En date du 24 août, Bayet écrit que
l’Autriche déclare la guerre au Japon. […] Les Russes continuent à avancer en Galicie et Bukovine [sic]. La cavalerie allemande s’avance dans la région de Lille.
En Belgique, Louvain est détruite et Namur tombe aux mains ennemies le 26. Le règne des représailles civiles et de la terreur s’établit : on raconte qu’
[…] à Louvain, le peuple ayant tué un officier supérieur, on avait mis le feu au centre de la ville et que l’Université et sa bibliothèque et l’Hôtel de Ville brûlaient. Le Bourgmestre et les notables avaient été fusillés.

En parallèle, on colporte des idées farfelues, comme celle selon laquelle « la reine de Hollande aurait fait assassiner son mari » (p. 34). « Et cependant, écrit encore Bayet, dans les heures difficiles et sombres, des fausses nouvelles nous apportèrent le soulagement, la joie, et ravivèrent l’espérance. » (p. 33bis)

La désinformation et les fausses rumeurs préoccupent Bayet qui ne cesse de coucher sur le papier les renseignements dont il a connaissance, ne fût-ce que pour en questionner la vraisemblance ou en dénoncer l’absurdité. En quête permanente de nouvelles, il s’applique à consigner, en regard des récits de son quotidien, des données neutres, dépourvues d’interprétation quelconque, comme si celles-ci étaient à même de le rassurer.

Le funeste mois d’août s’achève, pour le Dr Bayet, avec
les funérailles du premier soldat belge mort à l’hôpital. C’était un pauvre diable de Flamand, atteint d’une balle dans le ventre. On l’avait opéré, sans succès du reste. […] cette mort annoncée au réfectoire des internes avait fait cessé les plaisanteries […] un de ces souffles imperceptibles qui font que l’on sent que cette mort n’est pas la mort banale d’un malade dans un lit d’hôpital.