Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
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Belgique
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Quelle chose étrange et que la guerre est horrible !

Depuis le 4 août 1914, le temps semble s’être accéléré. L’invasion de la Belgique par l’Est progresse inexorablement malgré la résistance farouche d’une modeste armée. Le Dr Bayet, dermatologue de renom à l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, continue, plus que jamais, de vaquer à ses activités professionnelles, qu’il consigne dans son journal.

Le 13 août 1914, il raconte que
Vers 9h arrive brusquement, sans qu’on nous ait prévenus, un convoi de blessés graves […] Ils arrivent de Diest, où nous nous sommes battus, refoulant les Allemands.

Bayet ne semble pas conscient de l’avancée des troupes allemandes, ou refuse de l’admettre et ne cesse de parler de combat victorieux et de « bon(s) signe(s) », tout en s’étonnant du manque de réactivité des Anglais et des Français.

Un tournant se produit le 16 août 1914 ; ce jour semble marquer pour le Dr Bayet la prise de conscience véritable de l’ampleur et de l’universalisation de la guerre. En effet, ce soir-là
Arrive, à brûle pourpoint, un convoi de prisonniers allemands blessés (hussards de la garde, uhlans de la mort, cuirassiers de l’impératrice). L’arrivée de ces gens nous fait impression, de les voir ainsi accoutrés avec leurs uniformes fatigués.

Le lendemain, il apprend que les Allemands ont mis le feu à Francorchamps, tandis que leur présence se rapproche de plus en plus de Bruxelles : « on les sent tout autour de la ville », écrit-il. Le 18 août, l’arrivée des troupes impériales dans la capitale belge est imminente. Tirlemont, Aerschot puis Louvain subissent de lourdes pertes humaines et d’importantes destructions. L’ordre d’évacuer l’hôpital Saint-Pierre tombe le 19 août et le lendemain, l’affolement s’empare de la population bruxelloise. On aurait « vu des uhlans dans la forêt, aux quatre bras, etc. »

Le désarroi envahit Bayet :
En ai-je vu de ces figures apeurées ? Décidément, il est difficile d’être digne… Ce n’est pas que moi-même, je ne sente pas une immense amertume m’envahir. Je suis triste et cependant j’ai confiance dans l’avenir. […] nous sommes trop faibles et seuls, nous avons jusqu’ici supporté le choc ; nos troupes sont finies, vannées.
L’occupation de Bruxelles débute en effet le 20 août et Bayet observe, dépité et attristé,
Ces soldats passant en chantant la Wacht am Rhein dans [sa] ville natale...