Archives et Musée
de la Littérature
Bibliothèque Royale
(3eme étage)
4, blvd de l'Empereur
1000 Bruxelles
Belgique
Heures d'ouverture
Lu-Ve : 9h à 17h
Les AML seront fermés du 26 au 30/12/2016.

Avec le soutien de la

Un peuple qui n’est pas capable de se défendre contre l’étranger ne mérite pas le nom de peuple (Herder)

Tel est l’en-tête, probablement ajouté ultérieurement, que le Docteur Bayet fait figurer en page 9 de son Journal. Quelques feuillets épars, glissés dans la reliure, traitent abondamment des premiers jours d’août 1914, où tout un chacun sent que
l’Europe [sera] entraînée dans un irrésistible tourbillon.
Les conjectures sur le sort qui sera réservé à la Belgique vont encore bon train en ce 1er août mais, d’une manière ou d’une autre, le règne de l’incertitude et de l’angoisse prend cours, auxquelles se mêle une frénésie patriotique inouïe.
La mobilisation s’étendait à de nouvelles classes ; on ne voyait en ville que militaires rappelés ; on les regardait avec sympathie, avant de le faire avec admiration ; dans les tramways, on leur cédait la place. L’animation était extrême.
« Le lundi 3 août, l’espoir renaît quelque peu d’être épargnés car l’ambassadeur allemand de Below-Saleske a déclaré que l’Allemagne respectera la neutralité de la Belgique. » Or, le lendemain, Adrien Bayet apprend, en même temps que toute la Belgique, l’ultimatum allemand du 2 août et le refus de la Belgique de s’y plier.
Il est impossible de décrire l’émotion intense qui a saisi la ville, et de quelle fierté patriotique nous avons été saisis.

Bien qu’il place peu d’espoirs dans les capacités de résistance de l’armée belge, Bayet s’émerveille de la réaction unanime du peuple belge et, surtout, souligne la décision d’un gouvernement dont « les dispositions germanophiles » et « le rôle piteux qu’il avait joué dans les questions militaires » auraient pu faire craindre le pire.

Pour la journée du 4 août, Bayet fait état du « digne » discours royal devant la Chambre et de « l’âme de la Belgique vibrant dans l’Assemblée en délire ; l’enthousiasme régnait partout », tandis que l’on espère l’intervention salutaire de l’Angleterre pour repousser l’invasion. Mais déjà des informations chaotiques circulent et font état de batailles dans la région liégeoise. A Bruxelles, « la ville est pavoisée » et la solidarité bat son plein :
chacun offre des lits, des locaux, des pansements. Tous réclament sur leur maison l’insigne de la Croix-Rouge. […] Chacun s’agite, cherche à se rendre utile. […] Une animation folle continue à régner en ville, où il n’y a cependant aucune peur, aucun affolement.
Avec le conflit, toutes les perspectives, tous les sentiments sont radicalement modifiés et
L’homme ne compte plus que pour les services qu’il rend à la patrie ; la sympathie qu’on lui montre, va au rôle qu’il joue et à sa bonne volonté et son abnégation.

Seul prédomine désormais l’honneur, même au-dessus des vies humaines.

A partir du 5 août, l’hôpital Saint-Pierre, dont ont déjà été évacués un grand nombre de malades pour faire de la place, s’apprête à accueillir les premiers blessés du front liégeois. Si le médecin qualifie leurs blessures d’insignifiantes, il se surprend néanmoins de leur état d’épuisement et d’hébétude. Mais les blessés n’affluent pas comme le médecin l’avait pensé ; l’attente domine et Bayet en profite pour rester à l’affût de toutes les informations qu’il peut glaner :
On ne lit plus que les journaux : cela fait plaisir à ressasser les nouvelles glorieuses.
Après l’effervescence et l’enthousiasme des premiers jours de guerre s’installe déjà une forme d’attente résignée.